Labocity

Le blog dont tu es le héros !

07 août 2007

Episode 18, par Birol - "Révélation"

Birol s’arrêta net. Laissant Pia entrer arme au poing dans l’entrepôt.
Brûlure. Grimace.
Migraine violente.
Tordu de douleur, il retourna jusqu’à la camionnette.
Un clope. Besoin urgent de calmer cette nouvelle crise.
Sur la banquette arrière en moleskine, il saisit son pardessus et fouilla nerveusement parmi les nombreuses poches. Dans l'une d'elle, il y trouva un paquet écrasé et remarqua une enveloppe dans la doublure d’une de ses poches intérieures. Enveloppe ramassée le matin même à la consigne.   
Grincement de dents.
Toujours ce mal. Toujours cette dégénérescence maladive qui vous pourrit l’existence.
Birol ouvrit l’enveloppe et laissa glisser son contenu sur la banquette.
Un luger semi-automatique.
Et, une feuille pliée en deux. Une fois ouverte, elle révéla la première de couverture d’un livre de contrebande.
Les ouvrages de contrebande ne sont pas référencés dans la Babel du Laborat, considérés trop dangereux et séditieux par le pouvoir en place. Ils sont donc interdits et soumis à l'autodafé.
« La mémoire, individuelle et collective, prospective et potentielle, post-industrielle et pré-culturelle by Mirko Leirü »
Angoisse. Nervosité.
Au dos, un texte manuscrit. Birol y reconnut sa propre écriture.      
Trouble. Absence d’un instant.
Il lut : « L’important n’est pas que tu admettes à présent que nous sommes deux dans cette même enveloppe charnelle déconfite. L’important consiste aujourd’hui à faire en sorte que se perpétue la mémoire, notre mémoire, individuelle et collective, et ce par un moyen ou par un autre. Nous ne savons que trop bien que le futur s’écrit dans le passé, que la mémoire survit au présent. Et que pour cela il nous faut dissoudre le labo 12 devenu incontrôlable. »
Dans sa tête résonnait la voix profonde de Mirko.
Familière. Obsessionnelle.
Confusion. Sueur.
Dualité cérébrale.
Il luttait intérieurement. Tentative d’hégémonie du moi sur l’autre moi.
Usure physique. Cerveau atrophié.
Soudain sens en alerte. Méfiance.
Mauvais pressentiment.
Birol se rua à l’intérieur de l’entrepôt.

Pia semblait chercher quelque chose sur la paroi d’un des murs lorsqu’il pénétra.
Max se tenait à l’écart recroquevillé dans un coin, les jambes repliées comme s’il avait voulu occuper le moins d’espace possible. Il n’avait plus ses lunettes. Agité par de violents sanglots, ses mains couvrait sa bouche comme pour s’empêcher de parler. Birol ne prêta guère plus attention à l’enfant. D’ailleurs, il ne l’avait jamais fait. Une erreur, peut être.  Pia l’interpella brutalement tout en tâtonnant le mur de part et d'autres :
- Putain tu faisais quoi là dehors… ?
Birol ne répondit pas.
- Max dit qu’Arthus a pété les plombs et qu’il s’est barré avec Kami… Avec un peu de chance on peut encore les rattraper… et ramener Kami…! Pia s'arrêta et d'un ton énervé reprit. Tu comptes rester là sans bouger ? Remues toi un peu et aide moi !
- Au risque de paraître désobligeant une fois encore, tu cherches quoi sur ce mur ?
- Un monte-charge dissimulé !
- Ah… ! Dissimulé… forcément,
acquiesça-t-il un léger sourire au coin des lèvres. 
- Qu’est-ce que tu as Birol… ? Tu as l’air bizarre…
- Ça va… ça ira…
répondit-il en serrant les dents.
- Yes Pia ! s’exclama-t-elle au bout d’un instant lorsque le panneau bascula péniblement pour laisser apparaître la grille d'un monte charge.

Chute dans le noir.
Marche cadencée. Poursuite.
Ratissage de l’underground.
Embranchement oblique du tunnel.
Galerie plus étroite.
- Par là… ! pressa Pia d’un ton décidé.
Birol s’arrêta et tendit l’oreille.
- Birol… qu’est-ce que tu fous encore… ? Birol… ? Et merde… sans attendre, Pia s’engouffra un peu plus dans les ténèbres.
Birol plissa les yeux, sondant derrière lui la demi obscurité, car ce qui l’inquiétait ce n’était pas tant ce qu’ils traquaient mais ceux qui les traquaient eux.
Sans bruit. Accroupi, il guetta dans l’ombre.
Soudain de l’intuition naît la conviction.
Du statut de prédateur ils venaient de passer à celui de proie.

Lumière blafarde. Armes automatiques.
Ombres à l’entrée de la bouche de métro abandonnée.
Trois hommes.
Appareils infrarouges. Lunettes de vision nocturne.
La traque venait de commencer.
Nécessité d’agir. Impatience.
S’il ne se débarrasse pas tout seul de ces trois individus qui leur emboîtent le pas, Pia n’aura pas le temps d’intervenir pour contrer Arthus. Mais Birol sait a qui il a affaire. Dès leur retour au labo 4956, il savait qu’ils n’étaient plus seuls. L’instinct se montre efficace parfois. Physiquement plus faible, il doit cependant attendre que les ombres soient à portée. Profiter de l’avance, laisser le hasard décider de la suite… se dit-il. Il plissa les yeux en direction de Pia,  arma son arme puis s’engouffra dans la galerie. Au bout de quelques mètres, il déboucha sur ce qui devait être il y a bien longtemps une station de métro maintenant tristement abandonnée. Pia se tenait de dos devant lui.

Une ombre se découpait au milieu des parois de la station. La faible lumière des ampoules ne révélait pas son visage, à l’exception étonnante de la région des lèvres. De sorte que la première chose que Birol et Pia aperçurent d’Arthus fut sa bouche.
- Enfin nous y voilà… Je ne te pensais pas si déterminée Pia. Es-tu seulement sûre de comprendre ce qui se joue réellement ici Pia… ? lança cyniquement la sombre bouche.
- Où est Kami connard ? rétorqua immédiatement Pia.
- Kami… Kami… tu tiens tant à elle que ça... ? Alors que je te rappelle que c'est toi qui nous l'as livrée... Même escamotée.
- Où est-elle ?
insista sans se laisser démonter Pia.
- À quoi cela te servirait-il de le savoir maintenant qu’il est trop tard ! la bouche se referma, et les lèvres pâles se crispèrent en dessinant une courbe très fine, presque invisible. Un sourire ? La folie ? Pia avait du mal à le déterminer. Derrière Birol, apparurent les trois recrues du REALIH armées qui prirent position et les mirent en joue. La bouche s’ouvrit comme un animal tapi, petit mais dangereux, qui aurait soudain aperçu une proie. Ah… ! Il semblerait que nous ne soyons plus seuls à présent… ricana-t-il. Des petits copains de Max je suppose… Messieurs, soyez les bienvenus ! On dirait que le problème se complique. Que vas-tu faire maintenant Birol ? Est-ce ainsi que tu imaginais payer le prix de ton fardeau en nous sacrifiant tous... ?
- Tu te trompes… il ne s’agit pas d’un fardeau… considère cela comme un devoir, un devoir sacré contre le Laborat. Répondit-il sèchement.
- Oh, un devoir, la bouche d’Arthus dessina (maintenant c’était sûr) un sourire menaçant. Un devoir sacré bien entendu. Tu parles comme toujours Birol ou plutôt devrais-je dire Mirko !
Pia dévisagea Birol, sa confusion était presque palpable.
Arthus avança d’un pas : la lumière découvrit la pyramide de son nez, ses longs cheveux blonds, et les braises sombres de ses yeux. Une main, la droite, tenait une arme, braquée sur Birol, l’autre bloquait Kami, blessée, à demi droguée, contre son flanc gauche.
Birol se mit à parler avec une douceur étrange, sans s’adresser à qui que ce soit en particulier, comme s’il récitait une prière, seul. Dans la pâleur de son visage, ses lèvres formaient un rictus de tourment.
Les lèvres de Pia s’ouvrirent soudain, comme si elle s’était préparée à prononcer un mot. Elle resta un instant dans cette posture, les mandibules crispées, l’obscure ellipse des mâchoires immobilisée dans le silence. Elle les referma alors doucement et murmura :
- Mais putain c’est quoi ce délire… ?
Ses mains s’étaient dressées, armées, en un geste redoutable, direct, presque exact qui oscillait tantôt vers Birol, tantôt vers Arthus. Dans une indécision la plus totale.
- Donne moi Kami… ! Et laisse nous partir...
Arthus lâcha Kami qui tenait péniblement sur ses jambes les yeux complètement hagards.
Ne me parle pas de devoir, Mirko… Oh, non… ne me parle pas de devoir ! La bouche d’Arthus tremblait de colère. C’est à cause de rats comme toi si nous en sommes là aujourd’hui. Tu es seul responsable…
- En rien… je ne suis responsable en rien… si ce n’est de permettre à la mémoire d’exister et d’absoudre le Laborat et tous ceux qui veulent la manipuler ! s’offusqua violemment Birol. Je me suis trahi en t’enrôlant, j’ai cru que tes rêves étaient autres et je me suis trompé, maintenant il te faut répondre de tes actes.      
- Ne te pose pas comme le sauveur car nul ne mérite ce rôle, surtout pas toi, surtout pas ici et qu’importe, de toute façon il n’y a pas d’autre issue, le labo 12 a échoué… tu as échoué… tout comme j’ai échoué… la mémoire est éphémère si elle n'a personne pour la transmettre… et à présent il ne restera de nous plus que notre silence !... acheva Arthus.
Et ce mot, «silence», fût le dernier.

Tous restent hyper vigilants, à l’affût du moindre geste.
Kami égarée errait au milieu des lignes de mire.
Il y a toujours dans ce genre de situation un élément perturbateur que la tension extrême ne parvient pas à prévenir, un mental délabré qu’un rien fait exploser. N’importe qui (dans cet enfer) peut déraper à tout moment.
Silence total.
Tous se retiennent de respirer.
Mains tremblantes. Nerfs à vif.
Trop longue attente.
Silence toujours.
Soudain (mais où ?) : un bruit…
L’élément perturbateur. 
Max.

Détonation.
Et le silence fut brisé par une sextuple clameur.
Le son s’enfonça dans les oreilles de Birol et l’accompagna dans sa riposte.

Posté par labocity à 10:00 - laboSTORY - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

Tout s'explique

Bravo Birol !
Ca tient la route cette histoire meme en la lisant au bord de l'eau avec plein de cris d'enfants ! A toi de jouer Kami... Suspens...

Posté par Pia, 07 août 2007 à 11:25

Ah beh oui ça pète...
On aimerai tout de même savoir si l'armature ailée, la puce, et l'hsteria gallery vont pouvoir jouer leur rôle avant la fin...

Posté par klb, 07 août 2007 à 11:42

pas cool

du tout !!

Posté par max, 07 août 2007 à 11:52

aléa jacta est !

Que restera-t-il du Labo 12 maintenant... ?
Grande question en suspend... reste à kami de dire ce qu'il va advenir de tous... suspens...

Posté par birol, 09 août 2007 à 21:15

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