Labocity

Le blog dont tu es le héros !

05 septembre 2007

Labocity, labo... story !!

Retrouve dès maintenant tous les épisodes de labocity en fichier téléchargeable ici

Posté par labocity à 14:00 - laboSTORY - Commentaires [0] - Permalien [#]


04 septembre 2007

Episode 20, par Sam, Pia, Birol, Max, Salopard et Kami - "Epilogue"

Sam :

Le bout du tunnel.
L'homme traqué a fait face à ses poursuivants. Situation imprévisible, faible chance de survie.
Équipe Echo en place,Vidal et Sorenson attendent instructions. 
Observation des cibles : Analyse morphologique du sujet tenant l'otage. A...
Arthus.
Je rugis à l'intérieur. Ma conscience se débat pour remonter à la surface. Depuis combien de temps suis-je prisonnier de ce corps ? Les implants me brûlent, je ne sens pas la moitié de mon corps. Ils ont osé me faire ça ! Je ne devrais plus être vivant. Combien de temps ai-je passé, inconscient, enfermé dans cet immonde assemblage ? Mi homme, mi machine, ni vivant ni mort, je ne suis plus qu'une âme en sursis. La transformation d'individus en cobayes humains; n'est-ce pas une des raisons qui poussait la REALIH à combattre le Laborat ? Comment en sont-ils arrivés à utiliser les mêmes méthodes que leur ennemi ?
Tirs multiples en provenance des cibles.
Situation dégénérant rapidement.
Je pousse un cri de rage que personne n'entend. Ma voix est à l'intérieur. Il me faut agir. Qui sait combien de temps ma conscience pourra tenir face à leur programmation ?
Je me retourne vers "mes hommes".
Ma haine presse la détente de mon arme : mon MS 18-K crache la mort à 15 coups/seconde, et Sorenson et Vidal tombent, pantins désarticulés au service d'une humanité en chute libre.
Je pose à peine un regard sur leurs cadavres fumants; je connais l'issue.
Je détache une grenade de ma ceinture, et à genoux murmure : "Un de moins."
D'un dernier geste, aveugle à ce qui m'entoure, je fracasse la grenade dégoupillée contre ma poitrine.

Pia :

Ils étaient morts à cause de moi.
Les deux personnes qui m’étaient les plus chères avaient été exécutées, endossant mes faiblesses. Qu’allais-je bien pouvoir faire dans cette société inhumaine sans eux ? Sans Arthus et Kami, ma vie n’aurait plus jamais de saveur, de joie. Il me fallait en finir avec ce corps sans âme une bonne fois pour toutes et soulager le monde de son existence.
De la main gauche, je soutenais le corps blafard et lourd de Kami. De l’autre, l’arme de Birol scintillait et m’appelait. Elle ne contenait qu’une seule balle. La délivrance était proche. D’un geste lent et inéluctable, je me relevai en dirigeant l’arme vers ma poitrine. Je pris une longue inspiration et sentis soudain mon corps se nouer. Je fermai les yeux.
"Tu ne crois pas qu’il y a déjà eu assez de sang versé dans cette monstrueuse histoire ? Pia, pose cette arme. Il y a toujours de la lumière au bout du tunnel." C’était Birol. Il m’étreignait fermement pour m’empêcher de tirer, pour m’interdire la Liberté. Je me débattais, je gémissais comme un animal aliéné, il me tenait si fort. Je devais pourtant agir au plus vite. Je repris mes esprits et me concentrai à nouveau, dernier acte de lucidité avant la fin.
La balle partit. Birol la reçut dans l’abdomen. Tout était fini.

Birol :

Il l’étreignait. Elle se débattait.
Puis : bruit étouffé.
Il ne lui voulait pourtant aucun mal. Jamais il ne lui en aurait fait.
Birol sentit d’abord comme une brûlure caresser ses entrailles.
Il essuya délicatement les larmes qui perlaient et s’amoncelaient sous les yeux de Pia.
Râle. Puis une violente douleur le saisit à l’abdomen.
Cependant il souria comme pour la rassurer.
Elle tremblait. Il la prit entre ses bras et susurra :
"Restons ce que nous avons toujours été Pia : des gens libres. C'est devenu suffisamment rare pour qu'on s'accroche ne serait-ce qu'à l'idée...
Souffle coupé.
Gerbe de sang.
- ...tâchons à présent d’entrer dans la mort les yeux ouverts..." acheva-t-il.
Il l’embrassa.
Râle. Spasme.
Lentement (si lentement que Birol se rendit compte de cette durée inhabituelle où son corps flotte, tiraillé (telle une nuée de membres fantômes) par les effluves du monde qu’il laisse) lentement donc Birol sombra.
Douleur s’estompa.
Temps s’arrêta.
Silence.

Et, c’est aussi loin que l’on puisse aller dans la mort de Birol.

Max :

Max les voyait tomber un à un... les gens qu’il appréciait et qui était son quotidien depuis plus d’un an...c’est bien plus qu’un enfant de 10 ans peut supporter... quand il vit Birol touché, il s’enfuit... Kami était morte maintenant...plus rien ne comptait... en larmes, il courut, courut jusqu’à se retrouver au labo 12... c’était le seul endroit qu’il connaissait... il paniquait, il ne savait pas quoi faire d’autre... il arriva dans sa chambre et décida de tout raconter à Suzanne... il n’eut pas de signal pendant quelques minutes et au bout d’un moment Suzanne répondit....” tu devrais soigner ton arcade sourcillière”. Comment pouvait-elle voir ça? Il avait perdu la caméra. Il tourna la tête pour voir s’il n’y avait pas une caméra installée dans sa chambre. Il alla se regarder dans le miroir à côté de la porte. Effectivement, il avait le sourcil en sang... ce maudit tic !! il faudrait qu’il arrête de se gratter le sourcil un jour. Il essuya le sang qui coulait et alors qu’il allait retourner à l’ordinateur, il perçut un point qui brillait dans le sourcil. Son sang se glaça. Il regarda de plus près, il écarta légèrement la chair et recula violement!!
Il y avait une puce sous son sourcil...
Il resta hébété pendant un long moment.
Un téléphone sonna, machinalement, sous le choc sans doute, Max alla décrocher... un voix lui parla... “Maman? ”....

Salopard :

Ca fait plusieurs jours que je suis seul, et aujourd’hui, Pia débarque dans l'appartement en criant "Minou ! T'es où Minou??" Aaaahhh mais qu'est ce qu'elle fait là ??!  Je ne l’ai pas vue depuis plusieurs mois et elle m'a toujours fait peur avec ses gros yeux, j'ai l'impression qu'elle veut me dévorer quand elle me regarde. Après quelques secondes, je décide quand même de sortir de ma cachette parce que j'en ai marre de cette situation… J'ai à peine le temps de réagir que je me retrouve dans une boite, et qu’elle m’emmène avec elle…

Kami :

D’abord un son lointain. Venu du néant, un bruit de machine qui se précise dans ma tête. Peu à peu, je prends conscience de mon corps. Je suis allongée. Quelques secondes passent. Ou bien plusieurs minutes. Mon esprit divague, des ondes froides miroitant derrière mes paupières. J’esquisse un mouvement. Une douleur sourde me cloue sur place. Mon épaule. Un flash. Je titube au milieu des autres, incapable de réagir. Ils braquent leurs armes les uns vers les autres. Arthus tire. Je pousse un gémissement. Porte la main gauche à la blessure, juste au dessous de la clavicule. Le bandage est propre, pansé avec précision en une ellipse qui court de l’aisselle à l’épaule. J’ouvre les yeux doucement. La lumière est éblouissante. Une aiguille fichée dans la peau de ma main droite me relie par un fin tuyau en plastique à un pied à perfusion. La pièce, circulaire, blanche, est vide à l’exception du lit, du pied à perfusion et de la machine qui compte les battements de mon coeur. Je constate que je suis vêtue d’une chemise de nuit blanche. Je me lève avec précaution, enlève délicatement l’aiguille. Remarque une porte. M’en approche, l’ouvre.

Dehors. Une forêt. Aussi obscure que la pièce était lumineuse. Des oiseaux, partout. Fauvettes, pinsons, pic-verts. Mésanges, grives, chouettes. Je prends une longue goulée d’air, saturé de l’odeur de la terre, empli du vert parfum des feuilles et de la vibration des choses vivantes. J’avais oublié. J’avance à tâtons, les yeux grand ouverts, les pieds nus. Devant moi, une toute petite étoile scintillante point. Elle semble m’appeler à elle. Le sol est mou, caoutchouteux, irréel. On dirait des vagues. J’ai l’impression de flotter. Sur la branche d’un arbre, dans l’ombre, un petit visage sombre me scrute intensément. C’est un chat – mon chat, un moineau mort dans la gueule. Ses yeux verts luisent dans la pénombre. On dirait qu’il me sourit. J’entends mon coeur qui bat dans ma poitrine au rythme du chant de mille oiseaux. Ca fait comme une musique. Elle rentre dans mon crâne et dans mon coeur. Au loin, à mesure que j’avance, la petite lumière brille et grandit. Elle danse.

Je vais vers elle.

Posté par labocity à 10:00 - laboSTORY - Commentaires [8] - Permalien [#]

31 août 2007

Bientôt la conclusion...

Dans quelques jours, tu pourras lire le dernier épisode de Labocity 1
et découvrir ce que deviennent Kami, Pia, Arthus, Salopard, Max, Birol et Sam.
Ne t'inquiète pas, l'aventure Labocity ne s'arrête pas là :
la deuxième saison "Labocity 2" arrive pour la rentrée !

Posté par labocity à 11:00 - laboSTORY - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 août 2007

Episode 19, par Arthus - "La dernière page"

La balle transperce l’épaule de Kami qui s’écroule dans une plainte. Je baisse mon arme fumante, atterré.
Dans la même seconde, Birol se précipite vers moi et vise. Un instant en suspens,  une seconde d’hésitation peut-être, puis la déflagration, et l’impact. Je fais trois pas en arrière. Une fleur de sang s’épanouit sur ma chemise, juste au dessus de l’abdomen. Je la regarde, incrédule. Le temps semble s’arrêter.
Pia se précipite vers Kami tandis que les autres, consternés, me regardent sans bouger. Birol, le môme et les ombres que je devine derrière eux. Un des membres de la brigade me scrute avec plus d’intensité que les autres. Il me rappelle quelqu’un. Il est massif, et sous son casque à visière, je devine que sa peau est sombre. Pas le temps de réfléchir. Je leur tourne le dos, agrippe la rambarde de sécurité, puis saute par dessus et tombe lourdement sur le flanc, dans la poussière, au milieu des anciens rails. Je me relève péniblement, dans un râle. Me traîne dans l’obscurité, le long du tunnel. Kami est tombée, là-bas. A cause de moi. Son corps est immobile, recroquevillé. J’ai le cœur brisé. J’entends Pia qui hurle, des talkie walkie qui grésillent et des ordres donnés. Un souffle aussi. Quelqu’un me suit à tâtons. Je devine la rumeur des pas derrière moi. Ou est-ce mon imagination ? Je progresse difficilement, jusqu’à une bifurcation. Je prends, au hasard, le tunnel de droite. Un peu plus loin, une rame de métro abandonnée finit de rouiller dans une demi-pénombre. La porte est ouverte, je me hisse avec un grognement de douleur à l’intérieur. Je m’écroule, mi-assis, mi-allongé, sur un des sièges qui sentent la pisse de rat et le moisi.
C’est la fin.
D’une poche intérieure de ma chemise, je sors un carnet, rempli d’une fine écriture grise, la mienne. Ces derniers temps, quand mon cerveau me laissait de brefs instants de lucidité, j’ai pris des notes. Je voulais rendre compte de mes actes… et obtenir, peut-être l’absolution… pour ma trahison, pour cette honte qui me ronge. Je commence à lire.

« Quand le Laborat a étendu son emprise sur la ville et commencé la machinisation systématique des labocitadins, j’étais jeune, et encore idéaliste... Mais je dois commencer ma triste biographie avant cette époque. Mon père était Finlandais. Il avait débarqué à Labocity, l’ancienne Babylone, pour conquérir le monde de l’art. Epris d’une Egyptienne du quartier Univers, artiste elle aussi, il avait fondé un mouvement d’expression plastique dans un ancien laboratoire de cinématographe, caché dans le quartier Labo. Pendant ma courte jeunesse, il avait veillé à me transmettre son goût de la liberté, et m’avait appris à exprimer mes émotions par le biais de la peinture. Ses expériences artistiques avaient bercé mon enfance. Pour moi, c’était un héros. Mais quand le Laborat arriva au pouvoir et interdit l’Art qu’il disait « dégénéré », mon père fut un des premiers à disparaître. J’avais 9 ans. Ma mère, désespérée, porta son deuil longtemps, puis elle épousa un photographe venu de Tokyocity, et eut bientôt un second enfant.
Mon adolescence ne fut que rébellion, vandalisme et attaques en tous genres contre le pouvoir. Je commençais à fédérer des suiveurs, qui se rassemblèrent sous mon égide au Labo12. Je cherchais sans cesse de nouveaux moyens de provoquer le régime. Puis, un triste jour, ma mère et mon beau-père disparurent à leur tour, laissant ma demi-sœur orpheline.

(Le sang coule abondamment et je commence à avoir du mal à me concentrer)

Gagné par une rage vengeresse, j'entamai avec le Labo12 les actions terroristes qui nous valurent d’être fichés au Département de la Rumeur du Juste, peu de temps avant qu’un attentat bienvenu ne prive la ville de cet antre nauséabond de la dénonciation organisée. Première explosion  dont je soupçonnais l’auteur, et dont les petites soeurs suivraient bientôt.
Un mentor plus puissant émergea parmi nous. Je ne cherchai pas à repousser l’évidence. Son cynisme, ainsi que son invisibilité aux yeux des membres du groupe, qui lui conférait une aura indéniable, étaient de puissantes alliées. Je connaissais le secret de Birol, mieux que lui sans doute, et cachai la vérité aux autres. La REALIH, à laquelle j’avais adhéré et pour lequel je recrutai des soldats d’élite, croyait à tort que Mirko était avant tout un membre du Laborat. Je leur tus aussi ce secret : Mirko travaillait certes sous cette couverture officielle, mais ce afin de divulguer à notre groupe plans, données techniques et petits secrets de l’administration. Birol constituait le 3ème visage de cette personnalité multiple.
Une idée commençait à germer. Si la ville interdisait à présent toute représentation artistique autre que l’Art du Régime, basé sur le culte des machines, nous allions faire exploser une créature faite de ferraille et de systèmes électroniques au cœur d’un bâtiment officiel, et noyer la milice et les administrateurs les plus éminents du Laborat sous une masse visqueuse de débris mortels et de peinture rouge sang.
« Rendre l’Art à l’Art ».
La machine, une structure ailée que nous allions introduire dans l’Hysteria Gallery par la voie des airs, avait besoin d’un pilote : l’un de nous devait donc se sacrifier pour cela, mais la liberté n’a-t-elle pas un prix ?
Un soir, seul à l’entrepôt 4956, j’avais mis en place les derniers éléments de la machine ailée. Je préparai la 2ème des 3 expériences primaires nécessaires avant le grand soir                                                                                                                                          

(qui aurait dû être… ce soir-même)

                                                                                                                     mais une escouade de miliciens me surprit sur le chemin du retour et me paralysa d’une décharge électrique. Je tombai inconscient, pour me réveiller (combien de temps plus tard ? impossible à dire) avec une impression de vide, un sentiment bizarre d’être étranger à moi-même. J’étais dans ma chambre au labo12. Je ne voulais pas croire que j’avais été victime d’une expérience du Département Scientifique, malgré des migraines de plus en plus fréquentes, qui me rendaient incapables de réagir selon ma volonté. Un mutisme effrayant m’empêchait de confier à quiconque l’étrange changement qui s’était opéré. Je soupçonnais à raison qu’une puce avait été implantée dans mon cerveau. Si les maux de tête étaient intenses, les accès de violence se révélaient incontrôlables, et Tom a été ma première victime.
Les instructions qui apparaissaient par flash derrières mes rétines étaient claires. Je devais infecter le Labo12 de l’intérieur. Détruire ses membres et me détruire ensuite. Et, pour mon malheur, c’est ce que j’ai fait. »

La sueur dégouline sur la blessure,
Le sang tâche le carnet.
La douleur, lancinante, me fait délirer.
Je me vois, petit enfant, jouant à escalader un arbre à l’époque où la nature faisait encore partie du monde. Puis, un autre mirage. Les amis de mes parents font une grande fête au Labo12. Sam me porte sur ses épaules, peu de temps avant sa fuite hors des murs de la cité. Ma mère me sourit. Ma petite sœur, Kami, court vers moi en riant. Elle a 4 ans.

Est-ce ainsi qu’on meurt ?

Est-ce que les fantômes des moments heureux reviennent nous hanter pour nous accompagner de l’autre côté ?

Dans un ultime effort, je sors un crayon de ma poche et ajoute d’une écriture hachée par la douleur :

« A toi, bien que trop tard, je lègue toute mon affection, et mon idéal de liberté, honteusement trahi.
C’est la dernière chose qui me restait, et j’ai tout bousillé.»

Mais le sang a fini de noyer le bout de papier griffonné.
Confession illisible.
Dernier coup du sort.
Pathétique signe du destin.
Plus d’aveux.
Pas d’absolution possible.

Plus d’images à présent.

Un brouillard opaque m’obscurcit la vue.

Puis
plus
rien

Posté par labocity à 09:00 - laboSTORY - Commentaires [3] - Permalien [#]

07 août 2007

Episode 18, par Birol - "Révélation"

Birol s’arrêta net. Laissant Pia entrer arme au poing dans l’entrepôt.
Brûlure. Grimace.
Migraine violente.
Tordu de douleur, il retourna jusqu’à la camionnette.
Un clope. Besoin urgent de calmer cette nouvelle crise.
Sur la banquette arrière en moleskine, il saisit son pardessus et fouilla nerveusement parmi les nombreuses poches. Dans l'une d'elle, il y trouva un paquet écrasé et remarqua une enveloppe dans la doublure d’une de ses poches intérieures. Enveloppe ramassée le matin même à la consigne.   
Grincement de dents.
Toujours ce mal. Toujours cette dégénérescence maladive qui vous pourrit l’existence.
Birol ouvrit l’enveloppe et laissa glisser son contenu sur la banquette.
Un luger semi-automatique.
Et, une feuille pliée en deux. Une fois ouverte, elle révéla la première de couverture d’un livre de contrebande.
Les ouvrages de contrebande ne sont pas référencés dans la Babel du Laborat, considérés trop dangereux et séditieux par le pouvoir en place. Ils sont donc interdits et soumis à l'autodafé.
« La mémoire, individuelle et collective, prospective et potentielle, post-industrielle et pré-culturelle by Mirko Leirü »
Angoisse. Nervosité.
Au dos, un texte manuscrit. Birol y reconnut sa propre écriture.      
Trouble. Absence d’un instant.
Il lut : « L’important n’est pas que tu admettes à présent que nous sommes deux dans cette même enveloppe charnelle déconfite. L’important consiste aujourd’hui à faire en sorte que se perpétue la mémoire, notre mémoire, individuelle et collective, et ce par un moyen ou par un autre. Nous ne savons que trop bien que le futur s’écrit dans le passé, que la mémoire survit au présent. Et que pour cela il nous faut dissoudre le labo 12 devenu incontrôlable. »
Dans sa tête résonnait la voix profonde de Mirko.
Familière. Obsessionnelle.
Confusion. Sueur.
Dualité cérébrale.
Il luttait intérieurement. Tentative d’hégémonie du moi sur l’autre moi.
Usure physique. Cerveau atrophié.
Soudain sens en alerte. Méfiance.
Mauvais pressentiment.
Birol se rua à l’intérieur de l’entrepôt.

Pia semblait chercher quelque chose sur la paroi d’un des murs lorsqu’il pénétra.
Max se tenait à l’écart recroquevillé dans un coin, les jambes repliées comme s’il avait voulu occuper le moins d’espace possible. Il n’avait plus ses lunettes. Agité par de violents sanglots, ses mains couvrait sa bouche comme pour s’empêcher de parler. Birol ne prêta guère plus attention à l’enfant. D’ailleurs, il ne l’avait jamais fait. Une erreur, peut être.  Pia l’interpella brutalement tout en tâtonnant le mur de part et d'autres :
- Putain tu faisais quoi là dehors… ?
Birol ne répondit pas.
- Max dit qu’Arthus a pété les plombs et qu’il s’est barré avec Kami… Avec un peu de chance on peut encore les rattraper… et ramener Kami…! Pia s'arrêta et d'un ton énervé reprit. Tu comptes rester là sans bouger ? Remues toi un peu et aide moi !
- Au risque de paraître désobligeant une fois encore, tu cherches quoi sur ce mur ?
- Un monte-charge dissimulé !
- Ah… ! Dissimulé… forcément,
acquiesça-t-il un léger sourire au coin des lèvres. 
- Qu’est-ce que tu as Birol… ? Tu as l’air bizarre…
- Ça va… ça ira…
répondit-il en serrant les dents.
- Yes Pia ! s’exclama-t-elle au bout d’un instant lorsque le panneau bascula péniblement pour laisser apparaître la grille d'un monte charge.

Chute dans le noir.
Marche cadencée. Poursuite.
Ratissage de l’underground.
Embranchement oblique du tunnel.
Galerie plus étroite.
- Par là… ! pressa Pia d’un ton décidé.
Birol s’arrêta et tendit l’oreille.
- Birol… qu’est-ce que tu fous encore… ? Birol… ? Et merde… sans attendre, Pia s’engouffra un peu plus dans les ténèbres.
Birol plissa les yeux, sondant derrière lui la demi obscurité, car ce qui l’inquiétait ce n’était pas tant ce qu’ils traquaient mais ceux qui les traquaient eux.
Sans bruit. Accroupi, il guetta dans l’ombre.
Soudain de l’intuition naît la conviction.
Du statut de prédateur ils venaient de passer à celui de proie.

Lumière blafarde. Armes automatiques.
Ombres à l’entrée de la bouche de métro abandonnée.
Trois hommes.
Appareils infrarouges. Lunettes de vision nocturne.
La traque venait de commencer.
Nécessité d’agir. Impatience.
S’il ne se débarrasse pas tout seul de ces trois individus qui leur emboîtent le pas, Pia n’aura pas le temps d’intervenir pour contrer Arthus. Mais Birol sait a qui il a affaire. Dès leur retour au labo 4956, il savait qu’ils n’étaient plus seuls. L’instinct se montre efficace parfois. Physiquement plus faible, il doit cependant attendre que les ombres soient à portée. Profiter de l’avance, laisser le hasard décider de la suite… se dit-il. Il plissa les yeux en direction de Pia,  arma son arme puis s’engouffra dans la galerie. Au bout de quelques mètres, il déboucha sur ce qui devait être il y a bien longtemps une station de métro maintenant tristement abandonnée. Pia se tenait de dos devant lui.

Une ombre se découpait au milieu des parois de la station. La faible lumière des ampoules ne révélait pas son visage, à l’exception étonnante de la région des lèvres. De sorte que la première chose que Birol et Pia aperçurent d’Arthus fut sa bouche.
- Enfin nous y voilà… Je ne te pensais pas si déterminée Pia. Es-tu seulement sûre de comprendre ce qui se joue réellement ici Pia… ? lança cyniquement la sombre bouche.
- Où est Kami connard ? rétorqua immédiatement Pia.
- Kami… Kami… tu tiens tant à elle que ça... ? Alors que je te rappelle que c'est toi qui nous l'as livrée... Même escamotée.
- Où est-elle ?
insista sans se laisser démonter Pia.
- À quoi cela te servirait-il de le savoir maintenant qu’il est trop tard ! la bouche se referma, et les lèvres pâles se crispèrent en dessinant une courbe très fine, presque invisible. Un sourire ? La folie ? Pia avait du mal à le déterminer. Derrière Birol, apparurent les trois recrues du REALIH armées qui prirent position et les mirent en joue. La bouche s’ouvrit comme un animal tapi, petit mais dangereux, qui aurait soudain aperçu une proie. Ah… ! Il semblerait que nous ne soyons plus seuls à présent… ricana-t-il. Des petits copains de Max je suppose… Messieurs, soyez les bienvenus ! On dirait que le problème se complique. Que vas-tu faire maintenant Birol ? Est-ce ainsi que tu imaginais payer le prix de ton fardeau en nous sacrifiant tous... ?
- Tu te trompes… il ne s’agit pas d’un fardeau… considère cela comme un devoir, un devoir sacré contre le Laborat. Répondit-il sèchement.
- Oh, un devoir, la bouche d’Arthus dessina (maintenant c’était sûr) un sourire menaçant. Un devoir sacré bien entendu. Tu parles comme toujours Birol ou plutôt devrais-je dire Mirko !
Pia dévisagea Birol, sa confusion était presque palpable.
Arthus avança d’un pas : la lumière découvrit la pyramide de son nez, ses longs cheveux blonds, et les braises sombres de ses yeux. Une main, la droite, tenait une arme, braquée sur Birol, l’autre bloquait Kami, blessée, à demi droguée, contre son flanc gauche.
Birol se mit à parler avec une douceur étrange, sans s’adresser à qui que ce soit en particulier, comme s’il récitait une prière, seul. Dans la pâleur de son visage, ses lèvres formaient un rictus de tourment.
Les lèvres de Pia s’ouvrirent soudain, comme si elle s’était préparée à prononcer un mot. Elle resta un instant dans cette posture, les mandibules crispées, l’obscure ellipse des mâchoires immobilisée dans le silence. Elle les referma alors doucement et murmura :
- Mais putain c’est quoi ce délire… ?
Ses mains s’étaient dressées, armées, en un geste redoutable, direct, presque exact qui oscillait tantôt vers Birol, tantôt vers Arthus. Dans une indécision la plus totale.
- Donne moi Kami… ! Et laisse nous partir...
Arthus lâcha Kami qui tenait péniblement sur ses jambes les yeux complètement hagards.
Ne me parle pas de devoir, Mirko… Oh, non… ne me parle pas de devoir ! La bouche d’Arthus tremblait de colère. C’est à cause de rats comme toi si nous en sommes là aujourd’hui. Tu es seul responsable…
- En rien… je ne suis responsable en rien… si ce n’est de permettre à la mémoire d’exister et d’absoudre le Laborat et tous ceux qui veulent la manipuler ! s’offusqua violemment Birol. Je me suis trahi en t’enrôlant, j’ai cru que tes rêves étaient autres et je me suis trompé, maintenant il te faut répondre de tes actes.      
- Ne te pose pas comme le sauveur car nul ne mérite ce rôle, surtout pas toi, surtout pas ici et qu’importe, de toute façon il n’y a pas d’autre issue, le labo 12 a échoué… tu as échoué… tout comme j’ai échoué… la mémoire est éphémère si elle n'a personne pour la transmettre… et à présent il ne restera de nous plus que notre silence !... acheva Arthus.
Et ce mot, «silence», fût le dernier.

Tous restent hyper vigilants, à l’affût du moindre geste.
Kami égarée errait au milieu des lignes de mire.
Il y a toujours dans ce genre de situation un élément perturbateur que la tension extrême ne parvient pas à prévenir, un mental délabré qu’un rien fait exploser. N’importe qui (dans cet enfer) peut déraper à tout moment.
Silence total.
Tous se retiennent de respirer.
Mains tremblantes. Nerfs à vif.
Trop longue attente.
Silence toujours.
Soudain (mais où ?) : un bruit…
L’élément perturbateur. 
Max.

Détonation.
Et le silence fut brisé par une sextuple clameur.
Le son s’enfonça dans les oreilles de Birol et l’accompagna dans sa riposte.

Posté par labocity à 10:00 - laboSTORY - Commentaires [4] - Permalien [#]

30 juillet 2007

Episode 17, par Max - "Bouche à oreille"

Max avait pris l’enveloppe verte dedans il y avait une deuxième puce, et un mot
"Tu t'es entraîné sur le mannequin au niveau du cou, il te faut faire la même chose sur le corps qu'Arthus te présentera... mais il y a un changement de programme... c'est au niveau du cerveau cette fois-ci que tu devras insérer la puce... tes doigts sont fins et habiles, la procédure la même que d'habitude – la puce que tu as achetée ira dans la machine « XD 201 » que tu trouveras, l'autre dans le cerveau du corps... courage tu participes à un grand projet maintenant…  » Comme pour les autres, sous la phrase une main toute-puissante était schématisée avec une étoile à 5 branches gravée sur la paume.

Max ouvrit grands ses yeux… il ne comprenait rien. Comment ça dans le cerveau ? non c’est sûr ça n’allait pas… ce n’est pas du tout ce à quoi il s’attendait, ça ne ressemblait à rien à un projet artistique, ça ne ressemblait pas à la liberté dont ses parents lui avaient sans cesse vanté les mérites et dont Arthus lui avait parlé lorsqu’il l’avait recruté.
Il décida de refixer Ia webcam à ses lunettes, si Suzanna venait à se reconnecter elle pourrait voir, quand sa main passa devant son visage il murmura « bien mal acquis ne profite jamais, bien mal acquis ne profite jamais »
Il avait suivi Arthus et Kami derrière la petite porte blanche, il avait vu la table blanche…
Désespéré, il avait vu ce con de Birol passer devant lui comme s’il n’existait pas, rejoindre Kami derrière le rideau à pois verts… Max les avait entendus murmurer, il avait entendu : « ne flanche pas, pas si près du but… » Arthus lui psalmodiait des mots en latin… une langue morte depuis des siècles… il répétait sans cesse la phrase écrite derrière l’enveloppe en s’affairant auprès des machines.
Birol sortit du rideau à pois vert. Il regarda juste Arthus comme s’il allait le frapper puis il sortit de la pièce.

Arthus alors s’interrompit. Il sembla prendre conscience de Max, le regarda dans les yeux l’air menaçant.
« MAX… LA PUCE … MAINTENANT …  reprends toi à présent, dans vingt minutes tu devras mettre la puce »
Il tendit la main. Il attendait la puce. Max l’avait dans sa poche… il ne voulait pas la lui donner, mais quel choix avait-il ? Sa gorge était nouée, ses membres étaient raides, sous le coup de la panique il ne pouvait plus bouger. Max prononça à nouveau « bien mal acquis ne profite jamais, bien mal acquis ne profite jamais » Il souhaitait vraiment que Suzanna ne se soit pas déconnectée.
Il donna la puce à Arthus.

Mais Suzanna n’existait pas… il s’agissait en réalité des membres du REALIH (REsistance Active pour la LIbération des Hommes). Arthus faisait partie de ce groupe auparavant, leur meilleur recruteur… Puis, alors qu’il était chargé de suivre Mirko un des principaux leader du Laborat, personne ne sut ce qu’il s’était passé : Arthus avait basculé. Le REALIH mit du temps avant de le comprendre. Cela ne faisait qu’un an à peu près que certains membres s’en étaient aperçu, c’était au moment de la seconde expérience. Ils profitèrent du recrutement de Max pour infiltrer le labo 12. Ils avaient inventés le personnage de Suzanna qui était en fait le nom de l’ordinateur. Ils avaient fait appel au meilleur psy non-machine pour étudier Max et voir ce qui pourrait déjouer la méfiance de ce petit bonhomme si intelligent…Max était seul… profondément seul… ses parents l’avaient laissé partir sans faire d’histoire… un peu soulagé finalement de ne plus avoir cet enfant qu’ils ne comprenaient pas sous les yeux… Bref, ils étaient plusieurs à se relier pour communiquer avec Max et avoir des informations sur ce qu’il se passait dans le Labo 12.  Régulièrement, ils interrogeaient Max sur son opinion vis-à-vis du Laborat… il ne semblait ne pas en avoir vraiment, ce qui était rassurant : Arthus ne lui avait pas fait de lavage de cerveau. Ils se doutaient que quelque chose allait se passer. Le départ précipité de Kami, il y a 6 mois, leur avait mis la puce à l’oreille. Ils l’avaient fait suivre jusque là bas. A son retour, ils surent qu’une nouvelle expérience était imminente. Mais ils ne contrôlaient pas tout… La webcam était bien sûr une idée de Suzanna : ils devaient en savoir plus. Il fut facile de convaincre le garçon, mais au fond de la poche de Max, le son avait été étouffé. L’équipe d’intervention était en attente. La pression montait. Des vies étaient en danger. Un idéal était menacé. Ils ne pouvaient pas rater cette mission. Les membres de plus en plus nombreux avaient besoin d’une libération. Des membres de l’organisation étaient postés du coté du labo 4956… ils avaient vu la fourgonnette s’avancer dans la ruelle, ils l’attendaient de l’autre côté…ils n’avaient pas vu la porte cachée par la poubelle… ils avaient perdu du temps sur ce coup là . Mais il leur restait un atout : c’est eux qui avaient fourni la puce à Max… elle servait aussi de capteur…

Kami était maintenant allongée sur la table d’opération la piqûre faisait son effet… Max s’était accroupi contre le mur regardant Kami, il ne supportait pas de la voir ainsi perdre lentement conscience. Pia frappa à la porte :
« Arthus, Kami, Max, on y va. La porte est coincée, qu’est ce que vous faites ?
- Allez-y, on vous rejoint avec la fourgonnette dans quelques minutes. »
répondit Arthus ferme et froid.
Max se remit alors à répéter « bien mal acquis ne profite jamais, bien mal acquis ne profite jamais, bien mal acquis ne profite jamais,… » de plus en plus fort.  Il souhaitait tellement que quelqu’un l’entende…

Arthus affairé, entendait le petit baragouiner quelque chose puis il entendit distinctement la phrase…  « à qui parles-tu Max ? Réponds !! à qui parles-tu bon sang ? »…

Max se balançait sur ses pieds toujours en répétant inlassablement la phrase…

Alors Arthus comprit. Il comprit qu’ils n’étaient pas seuls… que quelqu’un, quelque part, devait être en train de les écouter.
De rage, il donna un coup de pied dans Max qui s’écroula.
«  TU FAIS TOUT RATER ABRUTI… non mais quel con !!!!!! Pauvre petit singe savant… c’est à toi que j’aurais dû mettre la puce ! »

Mais il n’avait plus de temps maintenant. Il devait partir. Il entendit le bruit de la camionnette, les autres partaient. Arthus prit l’enveloppe de Max, enleva la puce de la machine, défit les freins des roulettes de la table d’opération et emmena Kami… tant pis pour l’autre… le projet serait différent.
Arthus n’avait jamais supporté la préférence de Kami pour Tom, il voulait les punir en les réunissant tous les deux par le cœur en une seule et infernale machine humaine… c’était son grand projet pour être promu au sein du Laborat. Il voulait appeler la machine « Cœur des hommes »… tant pis il n’avait plus le temps maintenant, il fallait qu’il se rende à la Hystéria Gallery, il y était attendu… bon dans ce cas il ferait une performance : l’implantation de la puce en direct… oui c’est ça, ce serait magnifique… devant tous les plus grands dignitaires du Laborat… tel un sacrifice aux membres du Département de la Rumeur du Juste… magnifique…

Il traversa l’entrepôt en poussant la table et leva la grille d’un monte-charge dissimulé par un panneau de la même couleur que les murs. Il y embarqua la table sur laquelle reposait Kami. Le monte-charge descendait à un sous sol. C’était en fait un vestige de tunnel de métro… C’est pourquoi il avait choisi le labo 4956 : ce tunnel menait tout droit vers la Hysteria Gallery… Ce serait plus long qu’en fourgonnette mais personne ne connaissait l’existence du monte-charge, il devrait arriver à temps. Birol et Pia étaient en route pour amener la machine là-bas, il lui faudra justifier l’absence de Max … il trouvera bien une excuse en route…

Les membres postés derrière Suzanna virent toute la scène jusqu’au coup de pied où Max s’écroula… la webcam se détacha et roula plus loin… ils n’entendirent plus que les bruits. Ils alertèrent les autres.

Les membres du REALIH virent la camionnette noire partir quelques minutes après être entrée. Birol et Pia étaient à bord. Quand l’alerte fut donnée, ils allaient se précipiter par la petite porte blanche mais les autres membres situés sur l’autre côté de l’entrepôt signalèrent que la camionnette ne faisait que le tour de l’entrepôt, elle revenait. Ils connaissaient Birol… un être entier qui pouvait se montrer dangereux, ils ne voulaient prendre aucun risque, ils le laissèrent entrer en premier avec Pia.

Pendant ce temps, sur un autre ordinateur, un petit point rouge se déplaçait… sous l’entrepôt… Le responsable du REALIH avança alors sa reine sur le plateau de l’échiquier. « Tu es en mauvaise posture mon cher Mirko … »

Posté par labocity à 14:01 - laboSTORY - Commentaires [0] - Permalien [#]

23 juillet 2007

Episode 16, par Pia - "Trahison"

L’injection d’Arthus parcourut lentement ses veines jusqu’à lui glacer complètement le sang. Kami ne luttait plus.
Ses espoirs, ses illusions, tout disparaissait de son esprit alors que la maîtrise de son corps lui échappait.
Max, atterré, se tenait près de Kami allongée sur la table d’opération. Il savait à présent ce qu’il serait forcé de faire. Il avait lu le contenu de son pli.
Dès que Kami serait endormie, il insérerait la puce dans son cerveau et elle deviendrait comme les autres habitants de Labocity : une créature mi-Homme mi-Machine, dont le corps et l’esprit seraient guidés et contrôlés par le Laborat, à sa guise.

Arthus, mentor du groupe, les avait tous bercés d’une douce illusion. En créant le Labo 12, il prônait la liberté, la joie et un avenir meilleur. Pia, Kami, Tom et Birol, jeunes rebelles insouciants avaient alors vu en Arthus leur « sauveur ». S’ils n’agissaient pas, ils finiraient comme toutes ces créatures endoctrinées de la ville, et ça, ils ne pouvaient s’y résoudre.
Arthus, avide de pouvoir lui aussi dans cette société décadente, les avait trompés, tous, et aujourd’hui, il s’apprêtait à les trahir pour de bon.
Tom et Kami d’abord. Eux qui pensaient changer de vie et échapper au contrôle du Laborat, se retrouvaient à présent manipulés corps et âme par leur propre guide.

Pia n’en savait rien ou feignait de ne pas comprendre.
Elle avait enfilé sa combinaison de peintre et rempli la structure ailée avec les explosifs. Le corps de Kami, elle ne savait pas ce qu’Arthus en ferait. « Probablement pas de mal » songeait-elle, pas lui. Elle n’avait même pas remarqué l’emplacement prévu pour un corps sur la « machine humaine ».

1h s’écoula. Birol n’était toujours pas là.
Aucun bruit perceptible ne sortait de la petite porte blanche. Soudain, un grondement sourd brisa le silence. Une large camionnette noire pénétra dans l’entrepôt. C’était Birol.
Pia et lui devaient charger la structure métallique dans le véhicule et l’emmener à l’Hysteria Gallery pour le vernissage de l’exposition, pour accomplir leur mission : faire exploser le bâtiment et tous ses visiteurs, membres hauts placés du Laborat et quelques créatures perdues, volées à l’Humanité. Ainsi, l’imaginaient-ils, Mirko prendrait le contrôle anarchique de la ville et rendrait aux hybrides et aux Hommes leur âme, conscience et Liberté.

La structure ailée pesait son poids.
Une fois chargée dans la camionnette, Pia rejoint les autres membres pour les prévenir de leur départ imminent. La porte était fermée à clé.
« Arthus, Kami, Max, on y va. La porte est coincée, qu’est ce que vous faites ?
- Allez-y, on vous rejoint avec la fourgonnette dans quelques minutes
. » répondit Arthus ferme et froid.

Pia et Birol quittèrent l’entrepôt prestement, sans contester.
« - Pia, on est en danger. C’est Arthus… confia Birol en chemin qui soupçonnait la supercherie.
- De quoi tu parles ? Aller, dépêche-toi, on va être en retard pour l’installation.
- T’es aveugle ou quoi ? Kami, Tom, l’expérience, la porte close ?
dit-il agacé.
- Tom ?
- Il n’est pas mort et Arthus veut s’en servir contre notre groupe. Pia, il nous a tous bernés. On a été manipulés. À l’heure qu’il est, Kami est probablement morte, pire, il l’a peut-être transformée en l’une de ces créatures.
»

Les mots de Birol heurtèrent l’esprit fragile et ambulant de Pia.  Kami, morte ? C’est impossible…
« On y retourne Pia, et j’ai un flingue » murmura Birol acerbe en lui dévoilant son calibre rutilant, caché sous son siège.

Arrivés à l’entrepôt, Pia bondit de la camionnette en arrachant l’arme du crime à venir. Birol, surpris et paniqué, se mit à courir derrière elle.
La porte de la salle d’opération était à présent ouverte. Elle surgit à l’intérieur, déterminée, l’arme pointée droit devant elle.
« Putain Arthus, c’est quoi cette histoire ? » hurla-t’elle frénétique.

Posté par labocity à 10:00 - laboSTORY - Commentaires [5] - Permalien [#]

18 juillet 2007

Episode 15, par Birol - "Double vodka"

5 enveloppes, 5 couleurs. Birol choisit le pli noir.
Au dos de l’enveloppe, une phrase dactylographiée :
«Et nunc reges, intelligite... erudimini, qui judicatis terram »*
En dessous, une main toute-puissante schématisée. Une étoile à 5 branches gravée sur la paume.
Birol décacheta l’enveloppe et parcourut son contenu.
Instructions laconiques. Données techniques.
Fiches signalétiques. Négatifs d’un immeuble.
Degré de confidentialité : 4.
Des polaroïds et un plan représentaient les sous-sols et canalisations d’un bâtiment officiel du Laborat. Les systèmes de surveillance (humains et non-humains) et d’incendie. Les sprinkler y étaient marqués – à en juger par le texte annoté à la main, il s’agissait de l’Hysteria Gallery : la Babylone suspendue.

Inquiétude. Concentration.
Bâche sombre. Structure métallique, bouton en métal, diodes.
Birol se mit à sonder le lieu. Plusieurs mois qu’il n’avait pas remis les pieds à l’entrepôt 4956.
Clope incendié. Profonde inhalation.
Il avait pour manie de laisser (au cas où…) au Labo 12 un paquet de clopes dans un des placards du bas de la cuisine. Manie qui s’avérait utile finalement.
Il ingurgita une douce et brûlante gorgée de fumée qui satura ses poumons de nicotine. Les crampes à l’estomac se calmèrent, les troubles nerveux disparurent en partie.
Il avait un désagréable pressentiment.
Il observa les murs en béton. Et passa derrière le rideau à pois rejoindre Kami.

Mauvais pressentiment.
Tension. Hésitation.
Forte humidité. Odeur de moisi.
Poussière. Lumière blafarde.
Corps enfermé dans une cage.
Scalpel. Instruments de chirurgie.
Un homme. Plaies ouvertes.
Yeux révulsés. Bandages humectés de sang.
Suintement et putréfaction des nécroses.
L’homme tentait de s’accrocher aux barres de fer rouillées. Il rampait par terre. L’espace dont il disposait pour se mouvoir était rigoureusement circonscrit : trois murs en béton (tous de la même grandeur), une rangée de barres de fer oxydées (toutes identiques), moins de trois mètres carrés de vie sous un plafond aussi carré que le reste. Terrifiante réduction du monde. Les bras atrophiés, il peinait à secouer les barreaux. Le cube d’acier se resserrait autour de lui. La ferraille qui l’emprisonnait ne lui concédait qu’un espace très restreint pour manœuvrer son corps décharné. La vue de ce corps exténué et l’odeur de moisi donnèrent la nausée à Birol. La tête retomba lourdement dans la poussière humide.
Hésitation. Non.
Plus d’hésitation.
Pas d’hésitation mais l’intime conviction que cet homme était Tom.

Pupilles tremblantes. Étranglement. Perles lacrymales.
Kami pleurait. Ébranlée par autant de monstruosité. Autant de bestialité. D’inhumanité.
Fange obséquieuse. Corps d’un homme léchant la glaise.
Ses mains s’agrippaient à nouveau aux barreaux. Il s’appuyait sur les coudes et souleva la tête tant qu’il put (reste d’une fierté humaine réduite à sa simple expression)
- Tue-moi… tue-moi Kami…, gémit très faiblement Tom.
Il ne bougeait plus. Ses yeux fixaient ceux de Kami cherchant son consentement parmi ses larmes et ses spasmes incontrôlés.
Appel quasi inaudible. Birol tendit l’oreille. 
- Kami, tue-moi… tue-moi… je t’en prie… Kami… supplia-t-il comme pour appuyer sa demande solennelle et prémunir son consentement. 
Kami tremblait nerveusement. Le monde autour d’elle n’était plus qu’une rapide succession de flashs et de bruits indistincts d’une réalité qu’elle se refusait à vivre.
Puis le silence.
La résignation dans ce qu’elle a de plus terrible.
La justesse du geste mêlée à la froideur de l’exécution.
D’un geste rapide et précis, elle saisit le scalpel qui était posé sur une petite tablette en inox.
Dernière volonté d’un condamné. Macabre consentement entre amants.
Kami s’approcha de la cage. Sa main tremblait, son corps aussi du reste, mais elle était déterminée. En finir. Par amour, sans doute. Par pitié, qui sait. Ses yeux se noyaient dans leurs propres larmes. La lame aseptisée fendit l’air, sans bruit, ni résistance. Et s’arrêta nette.
Parfois le hasard a cette fâcheuse habitude de se mettre soudainement en travers du chemin. Reste alors au destin de poursuivre un autre dessein.
Birol serrait le poignet de Kami arrêté dans sa lancée. Un geste sûr et précis qui surprit Kami. Elle était si désemparée, si anéantie, si perdue. Il semblait touché par tant de colère et de tristesse.
- Ne commets pas l’irréparable Kami… tu m’entends… dit-il sereinement. Délicatement, il retira le scalpel des mains de Kami qui ne résista pas. Birol fixait Kami dans les yeux. On eut dit qu’il sondait son âme. Elle semblait si fragile et si forte en même temps. Les choses viendront en leur temps… les justes seront alors récompensés… et les traîtres bannis… Kami… Ne flanche pas. Pas maintenant. Pas si près du but… Kami, tu peux encore agir sur le monde de demain… alors ne te refuse pas le droit d’y parvenir…
Kami se maîtrisa. Une larme venait s’échouer sur sa joue rosée. Doux cimetière de sanglots. D’un geste calme et posé, elle l’essuya. Prit une grande respiration. Pâle, inquiète, tremblante, mais calme, elle quitta la pièce, ajoutant d’une voix noueuse à Birol :
- Les traîtres bannis… (ces mots résonnèrent avec gravité) je vais aller me changer…
Tom gémit et rampa péniblement dans l’ombre.
- Pardonne-moi Tom, s’excusa humblement Birol.

Veines apparentes. Nerfs à vif.
Passé le rideau, Birol ne put se contenir de dévisager Arthus qui maintint son regard, un sourire cynique au coin des lèvres.
Haine.
Birol se retenait de lui faire bouffer ses dents.
Il traversa l’entrepôt.
Grincement de porte.
- Pia, soit prête, je passe te prendre dans une heure pour la phase 2, lança Birol.
Sans même attendre une réponse, il sortit.
Claquement métallique.

Au dehors.
Atmosphère moite et électrique.
De lourds nuages se profilaient à l’horizon.
Il plissa les yeux, remonta le col de son pardessus et se mélangea à la foule. Il traversa plusieurs rues avant de disparaître dans le premier bar de jour qu’il croisa. Passa commande au comptoir et acheva d’un trait une double vodka.
Brûlure. Bouche anesthésiée.
Birol sentit l’alcool atteindre son cerveau.
Une autre double vodka.
Sa pensée n’en était que plus lucide. Un clope.
Et l’alchimie complète, de ce savant et pourtant si simple mélange de nicotine et d’alcool, opérerait. Il se résigna.
Encore une double vodka.
Il lui fallait une arme. Un calibre.
Cela devenait une évidence.
Besoin de se protéger, de se défendre, mais contre qui ?
Contre les autres, peut être.
Contre lui… sans doute.

* Ndt : « […] et maintenant, vous les grands de ce monde, instruisez-vous, vous qui décidez du sort du monde ! »

Posté par labocity à 10:00 - laboSTORY - Commentaires [2] - Permalien [#]

11 juillet 2007

Episode 14, par Kami - "Mirko"

Kami eut un haut-le-cœur. Derrière les barreaux, la forme était prostrée, blême, cadavérique. Les lèvres entr’ouvertes, écumantes. Le regard vague. En un instant, Kami reconnut ce corps et ce visage amoindris.

Un bandage recouvrait une plaie en cours de cicatrisation, sur la tempe. Elle comprit. Une bouffée de colère et de désespoir la saisit. Elle ne pouvait plus reculer, mais cette nouvelle trahison, ancienne, pourtant ignorée jusque là, et reçue de plein fouet, provoqua en elle un tremblement de rage, un sursaut de survie instinctif.
Elle comprit. Le départ subit et incompréhensible, 6 mois auparavant, de son amant, une nuit, pour le Népal… Un peu après, la « mission », qui l’avait écartée du Labo12 quelques jours avant la 3ème expérience … La date convenue avec Arthus pour qu’elle revienne, aujourd’hui… Elle ne pouvait plus reculer et pourtant… Pourtant il le fallait.

Ils avaient quitté le labo n°12, tous. Le groupe. La communauté réunie. Birol et Max ouvrant la marche, chargés de leur fardeau respectif. Le sac. La puce. Pia et Arthus encadraient Kami, toujours affaiblie et l’esprit troublé, la soutenant, l’aidant à marcher, lui enserrant les poignets. «Aucun moyen de s’enfuir», pensait-elle dans des accès de conscience désespérés.
Une fois sortis du Labo12, ils avaient longé la rotonde du vieux bâtiment jusqu’à l’escalier en colimaçon, qu’ils avaient emprunté pour déboucher un étage plus bas dans un parking obscur et vide. Vide, à l’exception d’une vieille fourgonnette verte, dans laquelle tous étaient montés. Arthus conduisait, Birol à ses côtés, tandis que Max, Kami et Pia se tenaient à l’arrière. Kami fermait les yeux, se concentrant sur sa respiration, faisant le vide, essayant de récupérer, de réfléchir.

Une fois arrivés devant le numéro 4956, la fourgonnette emprunta une ruelle sombre qui longeait l’entrepôt. Il y entrèrent par une petite porte dérobée, cachée aux regards des rares passants par une poubelle grise, sale et puante collée devant. Invisible.
Arthus actionna un interrupteur, et la lumière, blafarde, se fit dans la grande salle.
Birol posa le lourd sac sur la petite table de camping qui occupait le centre de la pièce, et l’ouvrit, attendant d’autres instructions. Sur un signe de tête d’Arthus, chacun prit l’enveloppe cachetée qui lui était destinée et l’ouvrit… Comme à chaque fois, 5 enveloppes, 5 couleurs. Kami savait. Elle choisit le pli rouge. Une unique phrase dactylographiée occupait le centre de la page écarlate qu’elle avait sortie de l’enveloppe.

« Aujourd’hui c’est ton tour, ma belle »

C’était tout. En dessous, la signature – « Mirko » - s’étalait tel un graffiti ironique. L’écriture était tracée à l’encre, élégante, et ronde. Proprement tamponné sous l’ensemble, au milieu, on distinguait une sorte de sceau : « l’Emblème de M », sa main toute-puissante schématisée, sur la paume de laquelle était gravée une étoile à 5 branches.
Un second feuillet accompagnait ces instructions laconiques : un plan, représentant le toit d’un bâtiment officiel, ses dômes et ses fenêtres, en vue de dessus – à en juger par la légende annotée à la main, il s’agissait de l’Hysteria Gallery.
Même si elle se doutait ce qui l’attendait, Kami eut un frisson incontrôlable. Ses jambes se mirent à trembler. Elle leva la tête.

Vit Max ouvrir de grands yeux.
Pia parcourir religieusement son propre objectif.
Birol blêmir.

Arthus sourire.

« Pia, Birol, vous préparez la machine.
Max, Kami… Venez avec moi. »
La voix d’Arthus était sans appel.
Pia et Birol se dirigèrent vers la bâche sombre qui recouvrait, dans un coin de la pièce, une masse ample et biscornue d’environ 2 mètres de haut. Ils en prirent chacun une extrémité et tirèrent avec précaution le morceau de plastique, dégageant une étrange structure métallique.
Une machine.
Une machine humaine.

2 bras.
2 jambes.
Une large tête en forme de casque, constitué de composants électroniques.
Un dos ajouré, des omoplates duquel sortaient deux excroissances compliquées, qui figuraient d’immenses ailes.
Un buste. Un buste troué, au cœur de ce sarcophage mi-homme mi-oiseau, d’un espace pouvant accueillir un corps humain.
Birol manipula des circuits, appuya sur un bouton en métal. Des diodes s’allumèrent.

Max, qui tripotait nerveusement sa poche droite, palpant un objet invisible à l’intérieur, suivit Kami et Arthus, lequel avait sorti une des combinaisons de peintre en bâtiment du sac et l’avait tendue à Kami. Ils se dirigèrent vers une petite porte blanche, que Kami n’avait jamais franchie, et qui s’ouvrit sur une pièce aux néons blafards et clignotants.
Au milieu, une table d’opération.
Des machines.
Une perceuse médicale.
Des sangles.
A gauche, un rideau à pois verts, présence colorée incongrue dans cet endroit gris et triste.
Derrière le rideau, une seconde pièce, plus petite.
Arthus, désigna le rideau à pois.
« Kami, va te changer. On commence tout de suite après »
Pâle, inquiète, tremblante, mais docile, elle se dirigea à pas lourds vers la seconde pièce. Souleva le rideau, le referma derrière elle. S’assit sur un vieux tabouret qui traînait là. Maigre confort. Elle commençait à délacer ses chaussures, une boule dans le ventre, quand elle entendit un bruit étrange. Un souffle, un gémissement. Il y avait une autre pièce. Un autre rideau derrière elle. Kami l’ouvrit. Ce n’était pas une pièce. C’était une cage.

Kami eut un haut-le-cœur. Derrière les barreaux, la forme était prostrée, blême, cadavérique. Les lèvres entr’ouvertes, écumantes. Le regard vague. En un instant, Kami reconnut ce corps et ce visage amoindris.

C’était Tom.

Posté par labocity à 12:00 - laboSTORY - Commentaires [4] - Permalien [#]

04 juillet 2007

Episode 12, par Pia – " Qui veut sa peau ? "

Veille de l’expérience n°4 – 21h
Allongée sur son grand lit froid, anxieuse, Pia cherchait sa solution. Depuis le départ soudain de Kami, elle n’avait plus de repères, plus personne pour la conseiller. Dans sa tête, les mots d’Arthus résonnaient encore, acides, indigestes, intransigeants :
« c’est bon Pia, tu seras prête pour demain ? Oublie pas ta mission, je compte sur toi. Depuis que Kami a disparu, tu es la seule sur qui je puisse compter. A 12h, on doit être à l’entrepôt avec le corps, le sac et la puce. Ensuite on fera comme d’habitude. L’armature ailée y est toujours, Tom aussi. On bidouillera le corps sur place. Max pourra s’y coller, il est assez grand maintenant. Il posera la puce sur le corps et activera la machine. Tu peux venir aussi si tu veux. Ok Pia ? Mort ou vif, tu te souviens ? ».

Mais voilà, Pia, le corps, elle ne l’avait pas.
Il fallait pourtant qu’elle en trouve un avant demain. Le labo était au calme. Seuls quelques bruits de clavier sortaient de la chambre de Max. Lui, il aurait sûrement la puce demain matin, et Birol aurait apporté le sac. Ce dernier n’était d’ailleurs pas là ce soir. « Encore avec ses putes au Moskva » pesta Pia amère, puis une autre idée lui traversa l’esprit « peut-être qu’il pourrait m’aider lui… je passe le voir à l’hôtel, je lui explique vaguement mon problème et on s’occupe de l’une de ses amies… ni vu ni connu… Birol tient lui aussi beaucoup à cette expérience, il ne refusera pas ».

Pia enfila son manteau furtivement et sortit du labo sans faire de bruit. Il ne fallait pas que Max s’en aperçoive et le répète à Arthus. La nuit était assez froide, comme toujours dans cette ville fantôme. Pia, emmitouflée dans son large col, rasait les murs jusqu’au Pole Univers.
L’hôtel Moskva était à présent devant elle, sordide lieu paumé. Birol occupait toujours la même chambre insalubre, premier étage, deuxième porte à gauche. Dans les couloirs, cette odeur… l’odeur de l’abandon. Chambre 26. Il était trop tard pour reculer, et pour aller où ?
Toc Toc… aucun bruit.
Pia tourna les talons quand la porte de la chambre s’ouvrit lentement. Birol était là, débraillé, brouillon :
« Pia ? qu’est-ce tu fous là ? tu veux te joindre à mes convives ? Il ricanait
- Birol, j’ai besoin de ton aide pour demain. Je ne voulais pas venir ici mais il fallait que je te vois, c’est important. Pia serrait les dents.
- Casse-toi de là, tu vois pas que je suis occupé ?! » Et il claqua brutalement la porte. Il était sûrement ivre, désabusé. Où peut-être pas.

Perdue, angoissée, névrotique, Pia avait joué sa dernière carte. En rentrant au labo, les issues de secours étaient toutes condamnées pour elle. Désemparée, elle envisagea alors en ultime recours à offrir son propre corps pour l’expérience. Une bonne nuit lui ferait sûrement du bien.

Jour de l’expérience n°4 – 10h45
Au réveil, les idées de Pia n’étaient pas plus claires que la veille.
On toqua subitement à la porte, ça devait être le facteur.
Pia saisit sa lampe métallique, elle n’avait pas le choix, c’était lui ou elle. Un bon coup sec sur la tête en fermant les yeux et Arthus serait fier d’elle.
Mais voilà, derrière la porte se trouvait Kami. Une joie mêlée d’horreur et de panique envahit Pia. Il ne lui restait plus qu’une heure avant de prouver son dévouement au groupe…
C’était Kami ou elle.

Jour de l’expérience n°4 – 12h45
« Max, on est en retard, sors de ta chambre, amène la puce. Birol, tu portes le corps jusqu’à la fourgonnette et on vous rejoint avec Arthus dans 10 minutes » hurla Pia nerveusement. Arthus affichait un sourire sarcastique. Les autres membres étaient sous le choc.
« Et moi Arthus, je suis de la partie ? » murmura Kami, debout, dans l’entrebâillement rougeâtre de sa porte.

Posté par labocity à 11:00 - laboSTORY - Commentaires [9] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3   Page suivante »