Labocity

Le blog dont tu es le héros !

30 juillet 2007

Le sous-sol de l'entrepôt Labo n°4956

soussol_entrepot4956

photo : Julien Roumagnac (www.j-roumagnac.net)

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23 juillet 2007

Episode 16, par Pia - "Trahison"

L’injection d’Arthus parcourut lentement ses veines jusqu’à lui glacer complètement le sang. Kami ne luttait plus.
Ses espoirs, ses illusions, tout disparaissait de son esprit alors que la maîtrise de son corps lui échappait.
Max, atterré, se tenait près de Kami allongée sur la table d’opération. Il savait à présent ce qu’il serait forcé de faire. Il avait lu le contenu de son pli.
Dès que Kami serait endormie, il insérerait la puce dans son cerveau et elle deviendrait comme les autres habitants de Labocity : une créature mi-Homme mi-Machine, dont le corps et l’esprit seraient guidés et contrôlés par le Laborat, à sa guise.

Arthus, mentor du groupe, les avait tous bercés d’une douce illusion. En créant le Labo 12, il prônait la liberté, la joie et un avenir meilleur. Pia, Kami, Tom et Birol, jeunes rebelles insouciants avaient alors vu en Arthus leur « sauveur ». S’ils n’agissaient pas, ils finiraient comme toutes ces créatures endoctrinées de la ville, et ça, ils ne pouvaient s’y résoudre.
Arthus, avide de pouvoir lui aussi dans cette société décadente, les avait trompés, tous, et aujourd’hui, il s’apprêtait à les trahir pour de bon.
Tom et Kami d’abord. Eux qui pensaient changer de vie et échapper au contrôle du Laborat, se retrouvaient à présent manipulés corps et âme par leur propre guide.

Pia n’en savait rien ou feignait de ne pas comprendre.
Elle avait enfilé sa combinaison de peintre et rempli la structure ailée avec les explosifs. Le corps de Kami, elle ne savait pas ce qu’Arthus en ferait. « Probablement pas de mal » songeait-elle, pas lui. Elle n’avait même pas remarqué l’emplacement prévu pour un corps sur la « machine humaine ».

1h s’écoula. Birol n’était toujours pas là.
Aucun bruit perceptible ne sortait de la petite porte blanche. Soudain, un grondement sourd brisa le silence. Une large camionnette noire pénétra dans l’entrepôt. C’était Birol.
Pia et lui devaient charger la structure métallique dans le véhicule et l’emmener à l’Hysteria Gallery pour le vernissage de l’exposition, pour accomplir leur mission : faire exploser le bâtiment et tous ses visiteurs, membres hauts placés du Laborat et quelques créatures perdues, volées à l’Humanité. Ainsi, l’imaginaient-ils, Mirko prendrait le contrôle anarchique de la ville et rendrait aux hybrides et aux Hommes leur âme, conscience et Liberté.

La structure ailée pesait son poids.
Une fois chargée dans la camionnette, Pia rejoint les autres membres pour les prévenir de leur départ imminent. La porte était fermée à clé.
« Arthus, Kami, Max, on y va. La porte est coincée, qu’est ce que vous faites ?
- Allez-y, on vous rejoint avec la fourgonnette dans quelques minutes
. » répondit Arthus ferme et froid.

Pia et Birol quittèrent l’entrepôt prestement, sans contester.
« - Pia, on est en danger. C’est Arthus… confia Birol en chemin qui soupçonnait la supercherie.
- De quoi tu parles ? Aller, dépêche-toi, on va être en retard pour l’installation.
- T’es aveugle ou quoi ? Kami, Tom, l’expérience, la porte close ?
dit-il agacé.
- Tom ?
- Il n’est pas mort et Arthus veut s’en servir contre notre groupe. Pia, il nous a tous bernés. On a été manipulés. À l’heure qu’il est, Kami est probablement morte, pire, il l’a peut-être transformée en l’une de ces créatures.
»

Les mots de Birol heurtèrent l’esprit fragile et ambulant de Pia.  Kami, morte ? C’est impossible…
« On y retourne Pia, et j’ai un flingue » murmura Birol acerbe en lui dévoilant son calibre rutilant, caché sous son siège.

Arrivés à l’entrepôt, Pia bondit de la camionnette en arrachant l’arme du crime à venir. Birol, surpris et paniqué, se mit à courir derrière elle.
La porte de la salle d’opération était à présent ouverte. Elle surgit à l’intérieur, déterminée, l’arme pointée droit devant elle.
« Putain Arthus, c’est quoi cette histoire ? » hurla-t’elle frénétique.

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20 juillet 2007

Contenu de l'enveloppe noire : un polaroïd

polaroid

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18 juillet 2007

Episode 15, par Birol - "Double vodka"

5 enveloppes, 5 couleurs. Birol choisit le pli noir.
Au dos de l’enveloppe, une phrase dactylographiée :
«Et nunc reges, intelligite... erudimini, qui judicatis terram »*
En dessous, une main toute-puissante schématisée. Une étoile à 5 branches gravée sur la paume.
Birol décacheta l’enveloppe et parcourut son contenu.
Instructions laconiques. Données techniques.
Fiches signalétiques. Négatifs d’un immeuble.
Degré de confidentialité : 4.
Des polaroïds et un plan représentaient les sous-sols et canalisations d’un bâtiment officiel du Laborat. Les systèmes de surveillance (humains et non-humains) et d’incendie. Les sprinkler y étaient marqués – à en juger par le texte annoté à la main, il s’agissait de l’Hysteria Gallery : la Babylone suspendue.

Inquiétude. Concentration.
Bâche sombre. Structure métallique, bouton en métal, diodes.
Birol se mit à sonder le lieu. Plusieurs mois qu’il n’avait pas remis les pieds à l’entrepôt 4956.
Clope incendié. Profonde inhalation.
Il avait pour manie de laisser (au cas où…) au Labo 12 un paquet de clopes dans un des placards du bas de la cuisine. Manie qui s’avérait utile finalement.
Il ingurgita une douce et brûlante gorgée de fumée qui satura ses poumons de nicotine. Les crampes à l’estomac se calmèrent, les troubles nerveux disparurent en partie.
Il avait un désagréable pressentiment.
Il observa les murs en béton. Et passa derrière le rideau à pois rejoindre Kami.

Mauvais pressentiment.
Tension. Hésitation.
Forte humidité. Odeur de moisi.
Poussière. Lumière blafarde.
Corps enfermé dans une cage.
Scalpel. Instruments de chirurgie.
Un homme. Plaies ouvertes.
Yeux révulsés. Bandages humectés de sang.
Suintement et putréfaction des nécroses.
L’homme tentait de s’accrocher aux barres de fer rouillées. Il rampait par terre. L’espace dont il disposait pour se mouvoir était rigoureusement circonscrit : trois murs en béton (tous de la même grandeur), une rangée de barres de fer oxydées (toutes identiques), moins de trois mètres carrés de vie sous un plafond aussi carré que le reste. Terrifiante réduction du monde. Les bras atrophiés, il peinait à secouer les barreaux. Le cube d’acier se resserrait autour de lui. La ferraille qui l’emprisonnait ne lui concédait qu’un espace très restreint pour manœuvrer son corps décharné. La vue de ce corps exténué et l’odeur de moisi donnèrent la nausée à Birol. La tête retomba lourdement dans la poussière humide.
Hésitation. Non.
Plus d’hésitation.
Pas d’hésitation mais l’intime conviction que cet homme était Tom.

Pupilles tremblantes. Étranglement. Perles lacrymales.
Kami pleurait. Ébranlée par autant de monstruosité. Autant de bestialité. D’inhumanité.
Fange obséquieuse. Corps d’un homme léchant la glaise.
Ses mains s’agrippaient à nouveau aux barreaux. Il s’appuyait sur les coudes et souleva la tête tant qu’il put (reste d’une fierté humaine réduite à sa simple expression)
- Tue-moi… tue-moi Kami…, gémit très faiblement Tom.
Il ne bougeait plus. Ses yeux fixaient ceux de Kami cherchant son consentement parmi ses larmes et ses spasmes incontrôlés.
Appel quasi inaudible. Birol tendit l’oreille. 
- Kami, tue-moi… tue-moi… je t’en prie… Kami… supplia-t-il comme pour appuyer sa demande solennelle et prémunir son consentement. 
Kami tremblait nerveusement. Le monde autour d’elle n’était plus qu’une rapide succession de flashs et de bruits indistincts d’une réalité qu’elle se refusait à vivre.
Puis le silence.
La résignation dans ce qu’elle a de plus terrible.
La justesse du geste mêlée à la froideur de l’exécution.
D’un geste rapide et précis, elle saisit le scalpel qui était posé sur une petite tablette en inox.
Dernière volonté d’un condamné. Macabre consentement entre amants.
Kami s’approcha de la cage. Sa main tremblait, son corps aussi du reste, mais elle était déterminée. En finir. Par amour, sans doute. Par pitié, qui sait. Ses yeux se noyaient dans leurs propres larmes. La lame aseptisée fendit l’air, sans bruit, ni résistance. Et s’arrêta nette.
Parfois le hasard a cette fâcheuse habitude de se mettre soudainement en travers du chemin. Reste alors au destin de poursuivre un autre dessein.
Birol serrait le poignet de Kami arrêté dans sa lancée. Un geste sûr et précis qui surprit Kami. Elle était si désemparée, si anéantie, si perdue. Il semblait touché par tant de colère et de tristesse.
- Ne commets pas l’irréparable Kami… tu m’entends… dit-il sereinement. Délicatement, il retira le scalpel des mains de Kami qui ne résista pas. Birol fixait Kami dans les yeux. On eut dit qu’il sondait son âme. Elle semblait si fragile et si forte en même temps. Les choses viendront en leur temps… les justes seront alors récompensés… et les traîtres bannis… Kami… Ne flanche pas. Pas maintenant. Pas si près du but… Kami, tu peux encore agir sur le monde de demain… alors ne te refuse pas le droit d’y parvenir…
Kami se maîtrisa. Une larme venait s’échouer sur sa joue rosée. Doux cimetière de sanglots. D’un geste calme et posé, elle l’essuya. Prit une grande respiration. Pâle, inquiète, tremblante, mais calme, elle quitta la pièce, ajoutant d’une voix noueuse à Birol :
- Les traîtres bannis… (ces mots résonnèrent avec gravité) je vais aller me changer…
Tom gémit et rampa péniblement dans l’ombre.
- Pardonne-moi Tom, s’excusa humblement Birol.

Veines apparentes. Nerfs à vif.
Passé le rideau, Birol ne put se contenir de dévisager Arthus qui maintint son regard, un sourire cynique au coin des lèvres.
Haine.
Birol se retenait de lui faire bouffer ses dents.
Il traversa l’entrepôt.
Grincement de porte.
- Pia, soit prête, je passe te prendre dans une heure pour la phase 2, lança Birol.
Sans même attendre une réponse, il sortit.
Claquement métallique.

Au dehors.
Atmosphère moite et électrique.
De lourds nuages se profilaient à l’horizon.
Il plissa les yeux, remonta le col de son pardessus et se mélangea à la foule. Il traversa plusieurs rues avant de disparaître dans le premier bar de jour qu’il croisa. Passa commande au comptoir et acheva d’un trait une double vodka.
Brûlure. Bouche anesthésiée.
Birol sentit l’alcool atteindre son cerveau.
Une autre double vodka.
Sa pensée n’en était que plus lucide. Un clope.
Et l’alchimie complète, de ce savant et pourtant si simple mélange de nicotine et d’alcool, opérerait. Il se résigna.
Encore une double vodka.
Il lui fallait une arme. Un calibre.
Cela devenait une évidence.
Besoin de se protéger, de se défendre, mais contre qui ?
Contre les autres, peut être.
Contre lui… sans doute.

* Ndt : « […] et maintenant, vous les grands de ce monde, instruisez-vous, vous qui décidez du sort du monde ! »

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16 juillet 2007

Ombres...

Ombres

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11 juillet 2007

Episode 14, par Kami - "Mirko"

Kami eut un haut-le-cœur. Derrière les barreaux, la forme était prostrée, blême, cadavérique. Les lèvres entr’ouvertes, écumantes. Le regard vague. En un instant, Kami reconnut ce corps et ce visage amoindris.

Un bandage recouvrait une plaie en cours de cicatrisation, sur la tempe. Elle comprit. Une bouffée de colère et de désespoir la saisit. Elle ne pouvait plus reculer, mais cette nouvelle trahison, ancienne, pourtant ignorée jusque là, et reçue de plein fouet, provoqua en elle un tremblement de rage, un sursaut de survie instinctif.
Elle comprit. Le départ subit et incompréhensible, 6 mois auparavant, de son amant, une nuit, pour le Népal… Un peu après, la « mission », qui l’avait écartée du Labo12 quelques jours avant la 3ème expérience … La date convenue avec Arthus pour qu’elle revienne, aujourd’hui… Elle ne pouvait plus reculer et pourtant… Pourtant il le fallait.

Ils avaient quitté le labo n°12, tous. Le groupe. La communauté réunie. Birol et Max ouvrant la marche, chargés de leur fardeau respectif. Le sac. La puce. Pia et Arthus encadraient Kami, toujours affaiblie et l’esprit troublé, la soutenant, l’aidant à marcher, lui enserrant les poignets. «Aucun moyen de s’enfuir», pensait-elle dans des accès de conscience désespérés.
Une fois sortis du Labo12, ils avaient longé la rotonde du vieux bâtiment jusqu’à l’escalier en colimaçon, qu’ils avaient emprunté pour déboucher un étage plus bas dans un parking obscur et vide. Vide, à l’exception d’une vieille fourgonnette verte, dans laquelle tous étaient montés. Arthus conduisait, Birol à ses côtés, tandis que Max, Kami et Pia se tenaient à l’arrière. Kami fermait les yeux, se concentrant sur sa respiration, faisant le vide, essayant de récupérer, de réfléchir.

Une fois arrivés devant le numéro 4956, la fourgonnette emprunta une ruelle sombre qui longeait l’entrepôt. Il y entrèrent par une petite porte dérobée, cachée aux regards des rares passants par une poubelle grise, sale et puante collée devant. Invisible.
Arthus actionna un interrupteur, et la lumière, blafarde, se fit dans la grande salle.
Birol posa le lourd sac sur la petite table de camping qui occupait le centre de la pièce, et l’ouvrit, attendant d’autres instructions. Sur un signe de tête d’Arthus, chacun prit l’enveloppe cachetée qui lui était destinée et l’ouvrit… Comme à chaque fois, 5 enveloppes, 5 couleurs. Kami savait. Elle choisit le pli rouge. Une unique phrase dactylographiée occupait le centre de la page écarlate qu’elle avait sortie de l’enveloppe.

« Aujourd’hui c’est ton tour, ma belle »

C’était tout. En dessous, la signature – « Mirko » - s’étalait tel un graffiti ironique. L’écriture était tracée à l’encre, élégante, et ronde. Proprement tamponné sous l’ensemble, au milieu, on distinguait une sorte de sceau : « l’Emblème de M », sa main toute-puissante schématisée, sur la paume de laquelle était gravée une étoile à 5 branches.
Un second feuillet accompagnait ces instructions laconiques : un plan, représentant le toit d’un bâtiment officiel, ses dômes et ses fenêtres, en vue de dessus – à en juger par la légende annotée à la main, il s’agissait de l’Hysteria Gallery.
Même si elle se doutait ce qui l’attendait, Kami eut un frisson incontrôlable. Ses jambes se mirent à trembler. Elle leva la tête.

Vit Max ouvrir de grands yeux.
Pia parcourir religieusement son propre objectif.
Birol blêmir.

Arthus sourire.

« Pia, Birol, vous préparez la machine.
Max, Kami… Venez avec moi. »
La voix d’Arthus était sans appel.
Pia et Birol se dirigèrent vers la bâche sombre qui recouvrait, dans un coin de la pièce, une masse ample et biscornue d’environ 2 mètres de haut. Ils en prirent chacun une extrémité et tirèrent avec précaution le morceau de plastique, dégageant une étrange structure métallique.
Une machine.
Une machine humaine.

2 bras.
2 jambes.
Une large tête en forme de casque, constitué de composants électroniques.
Un dos ajouré, des omoplates duquel sortaient deux excroissances compliquées, qui figuraient d’immenses ailes.
Un buste. Un buste troué, au cœur de ce sarcophage mi-homme mi-oiseau, d’un espace pouvant accueillir un corps humain.
Birol manipula des circuits, appuya sur un bouton en métal. Des diodes s’allumèrent.

Max, qui tripotait nerveusement sa poche droite, palpant un objet invisible à l’intérieur, suivit Kami et Arthus, lequel avait sorti une des combinaisons de peintre en bâtiment du sac et l’avait tendue à Kami. Ils se dirigèrent vers une petite porte blanche, que Kami n’avait jamais franchie, et qui s’ouvrit sur une pièce aux néons blafards et clignotants.
Au milieu, une table d’opération.
Des machines.
Une perceuse médicale.
Des sangles.
A gauche, un rideau à pois verts, présence colorée incongrue dans cet endroit gris et triste.
Derrière le rideau, une seconde pièce, plus petite.
Arthus, désigna le rideau à pois.
« Kami, va te changer. On commence tout de suite après »
Pâle, inquiète, tremblante, mais docile, elle se dirigea à pas lourds vers la seconde pièce. Souleva le rideau, le referma derrière elle. S’assit sur un vieux tabouret qui traînait là. Maigre confort. Elle commençait à délacer ses chaussures, une boule dans le ventre, quand elle entendit un bruit étrange. Un souffle, un gémissement. Il y avait une autre pièce. Un autre rideau derrière elle. Kami l’ouvrit. Ce n’était pas une pièce. C’était une cage.

Kami eut un haut-le-cœur. Derrière les barreaux, la forme était prostrée, blême, cadavérique. Les lèvres entr’ouvertes, écumantes. Le regard vague. En un instant, Kami reconnut ce corps et ce visage amoindris.

C’était Tom.

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Contenu de l'enveloppe rouge

contenu_enveloppe_rouge

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07 juillet 2007

Episode 13, par Max - "Un oeil de trop"

Max dans sa chambre continua à faire semblant de « chouiner » : c’est quand même pratique d’avoir un extérieur de 10 ans… les personnes vous prennent vraiment pour un gamin !!

Le matin, après avoir entendu Kami et les bruits bizarres dans la chambre d’à côté, il avait installé sa nouvelle webcam embarquée. Au début, il avait fait ça pour se concentrer afin d’oublier sa peur et chercher une solution pour pas se faire hurler dessus par Arthus… et puis il avait fait le test avec Suzanna qui était justement chez elle… elle habitait Univers 34-06. Elle avait toute sa confiance : elle était de même QI que lui, mais un peu plus vieille donc bien plus en avance que lui. Elle était sur le point de finir un travail de recherche Philoscientifique qu’elle a résumé par « l’âme et le corps sont indissociables ». C’est elle qui était entrée en contact avec lui par l’intermédiaire du site isoQI.com, il a plus d’un an, peu de temps après son arrivée au labo 12. Arthus lui avait dégoté une bourse d’étude à la seule condition d’habiter dans ce labo et de le suivre comme un mentor. Ses parents n’y ont pas vu d’objection. Max, quant à lui, était tenté de travailler sur le grand projet dont Arthus lui rabattait les oreilles. De plus, tout le monde était plus ou moins artiste ici. Ça lui plaisait. Il progressait. Le hic c’est qu’Artus lui demandait d’apprendre plein de choses mais ne dévoilait rien du projet. Il savait uniquement qu’aujourd’hui était un jour important. Jusqu’à présent il avait toujours été tenu à l’écart… c’était peut-être mieux finalement… les entraînements sur les mannequins de secouristes lui revenaient en mémoire…

C’est en installant la webcam que lui était venue l’idée… en fonction de ce qu’il verrait à midi il s’en servirait ou non. Si Kami allait bien : pas de problème. Si Kami allait mal, il ferait son gosse de 10 ans et trouverait bien une solution pour retourner dans sa chambre… avec eux ça ne serait pas difficile : toujours un regard condescendant sur lui, à lui passer la main dans les cheveux… « argh vraiment je peux pas piffrer qu’ils me fassent ça… ils croient quoi eux ? ils se prennent pour mon père ou quoi ? même lui il me fait pas ça » et surtout, oui surtout, jamais fiables… Birol, Arthus… et tous les autres se prenaient pour des génies et le prenaient lui pour un gamin… Kami qui comptait tant pour lui, la seule qui avait compris qui il était vraiment… elle l’avait abandonné… « non pense pas à ça maintenant ça fait trop mal… » ça suffisait maintenant… il ne se laisserait plus faire « ils vont voir c’est qui le génie… héhé ».

Dès que Pia eut quitté sa chambre, il se connecta. Il savait qu’il n’avait pas beaucoup de temps. Suzanna était connectée. Il lui expliqua pour Kami et lui demanda de rester connectée pour regarder ce qui allait suivre. Suzanna voulait avertir le BIG (Brigade d’Intervention Générale) du Laborat. Mais Max ne le souhaitait pas. Il avait peur. Très peur. Mais plus que tout, il voulait participer au projet.  Il ne savait pas ce que les autres allait faire de lui. Il ne comprenait pas ce qu’il se passait.

Comme aux échecs, mieux vaut prévoir qu’être mat.

Ils se mirent alors d’accord sur deux expressions. S’il prononçait la première, à ce moment là Suzanna devait appeler des secours. La seconde expression servait à dire que tout allait bien, alors elle devait se déconnecter. C’était la seule solution car Max ne pouvait débrancher la caméra que depuis l’ordinateur.
La web cam avait la taille d’un pin’s, il la fixa à la branche gauche de ses lunettes.
« Max, on est en retard, sors de ta chambre, amène la puce. Birol, tu portes le corps jusqu’à la fourgonnette et on vous rejoint avec Arthus dans 10 minutes» au son de la voix de Pia, son sang se glaça dans ses veines. Son cœur s’emballa à nouveau… il fallait faire vite maintenant.  La caméra fonctionnait. Max  prit la puce, ouvrit la porte et sortit.

Une fois de plus, tout le monde regardait sur sa gauche. Il regarda lui aussi… et vit Kami… KAMI ?????? Ce n’était pas prévu… ah bon finalement elle va bien… merde… ça change tout… elle est vivante… oh merde merde merde mais qu’est ce que j’ai fait…c’est quoi déjà ce que j’dois dire quand ça va ? ah oui
Max dit alors « Il est difficile d'attraper un chat noir dans une pièce sombre, surtout lorsqu'il n'y est pas »
Kami avait l’air mal en point… ses yeux n’arrivaient pas à se fixer, elle le regarda bizarrement, et murmura : «
-  Quoi ? Salopard est là aussi ? »
- Euh non… oui évidement pris comme ça…
Kami se tenait au mur et semblait sur le point de s’écrouler, Max alla la soutenir. Il était heureux de la savoir vivante...malgré tout « elle ne m’a pas abandonné… ».
- ton sourcil est en sang bonhomme, tu devrais te calmer, réussit à murmurer Kami.

Suzanna avait dû couper sa connexion… Max porta sa main à ses lunettes, comme s’il voulait tâter son sourcil et décrocha la caméra. Il la fourra dans sa poche…

Si l’image fut interrompue …le son bien qu’étouffé par la poche, lui continuait toujours… il le savait et espérait sincèrement que Suzanna s’était déconnectée.

12h48 : Du sang coulait sur le visage de Kami, elle esquissa un sourire tordu par la douleur:
- ça va être moins facile maintenant…

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04 juillet 2007

Episode 12, par Pia – " Qui veut sa peau ? "

Veille de l’expérience n°4 – 21h
Allongée sur son grand lit froid, anxieuse, Pia cherchait sa solution. Depuis le départ soudain de Kami, elle n’avait plus de repères, plus personne pour la conseiller. Dans sa tête, les mots d’Arthus résonnaient encore, acides, indigestes, intransigeants :
« c’est bon Pia, tu seras prête pour demain ? Oublie pas ta mission, je compte sur toi. Depuis que Kami a disparu, tu es la seule sur qui je puisse compter. A 12h, on doit être à l’entrepôt avec le corps, le sac et la puce. Ensuite on fera comme d’habitude. L’armature ailée y est toujours, Tom aussi. On bidouillera le corps sur place. Max pourra s’y coller, il est assez grand maintenant. Il posera la puce sur le corps et activera la machine. Tu peux venir aussi si tu veux. Ok Pia ? Mort ou vif, tu te souviens ? ».

Mais voilà, Pia, le corps, elle ne l’avait pas.
Il fallait pourtant qu’elle en trouve un avant demain. Le labo était au calme. Seuls quelques bruits de clavier sortaient de la chambre de Max. Lui, il aurait sûrement la puce demain matin, et Birol aurait apporté le sac. Ce dernier n’était d’ailleurs pas là ce soir. « Encore avec ses putes au Moskva » pesta Pia amère, puis une autre idée lui traversa l’esprit « peut-être qu’il pourrait m’aider lui… je passe le voir à l’hôtel, je lui explique vaguement mon problème et on s’occupe de l’une de ses amies… ni vu ni connu… Birol tient lui aussi beaucoup à cette expérience, il ne refusera pas ».

Pia enfila son manteau furtivement et sortit du labo sans faire de bruit. Il ne fallait pas que Max s’en aperçoive et le répète à Arthus. La nuit était assez froide, comme toujours dans cette ville fantôme. Pia, emmitouflée dans son large col, rasait les murs jusqu’au Pole Univers.
L’hôtel Moskva était à présent devant elle, sordide lieu paumé. Birol occupait toujours la même chambre insalubre, premier étage, deuxième porte à gauche. Dans les couloirs, cette odeur… l’odeur de l’abandon. Chambre 26. Il était trop tard pour reculer, et pour aller où ?
Toc Toc… aucun bruit.
Pia tourna les talons quand la porte de la chambre s’ouvrit lentement. Birol était là, débraillé, brouillon :
« Pia ? qu’est-ce tu fous là ? tu veux te joindre à mes convives ? Il ricanait
- Birol, j’ai besoin de ton aide pour demain. Je ne voulais pas venir ici mais il fallait que je te vois, c’est important. Pia serrait les dents.
- Casse-toi de là, tu vois pas que je suis occupé ?! » Et il claqua brutalement la porte. Il était sûrement ivre, désabusé. Où peut-être pas.

Perdue, angoissée, névrotique, Pia avait joué sa dernière carte. En rentrant au labo, les issues de secours étaient toutes condamnées pour elle. Désemparée, elle envisagea alors en ultime recours à offrir son propre corps pour l’expérience. Une bonne nuit lui ferait sûrement du bien.

Jour de l’expérience n°4 – 10h45
Au réveil, les idées de Pia n’étaient pas plus claires que la veille.
On toqua subitement à la porte, ça devait être le facteur.
Pia saisit sa lampe métallique, elle n’avait pas le choix, c’était lui ou elle. Un bon coup sec sur la tête en fermant les yeux et Arthus serait fier d’elle.
Mais voilà, derrière la porte se trouvait Kami. Une joie mêlée d’horreur et de panique envahit Pia. Il ne lui restait plus qu’une heure avant de prouver son dévouement au groupe…
C’était Kami ou elle.

Jour de l’expérience n°4 – 12h45
« Max, on est en retard, sors de ta chambre, amène la puce. Birol, tu portes le corps jusqu’à la fourgonnette et on vous rejoint avec Arthus dans 10 minutes » hurla Pia nerveusement. Arthus affichait un sourire sarcastique. Les autres membres étaient sous le choc.
« Et moi Arthus, je suis de la partie ? » murmura Kami, debout, dans l’entrebâillement rougeâtre de sa porte.

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03 juillet 2007

Episode Hors-Série 1, par Sam - "Surface"

L’homme mit à flots son embarcation dans les tumultueuses eaux aux vapeurs alcoolisées de son verre de Sin-Delam.
Il s'affala lentement sur lui-même pour finalement poser son menton sur ses mains jointes, observant son oeuvre.
Sam jeta un coup d'oeil à l'horloge pendant au mur, au dessus de la porte des toilettes : 23H48.
Cela devait bien faire une demi-heure qu'il observait l'inconnu assis à cette table de l'autre côté du bar. L'homme était entré dans la Cave de l'Univers 47-75 avec une mine effondrée. Une sorte de spectre comme seule cette société en pleine dérive pouvait en créer. Après avoir salué Théo d'un geste las, il s'était dirigé sans détour vers cette petite table chromée, sans doute le dernier refuge hors de sa vie pesante.
Eclairé par une minuscule lanterne déviée sur le mur de briques sombres, l'homme avait alors sorti une petite feuille de papier de la poche intérieure de son imperméable, puis pliant et tournant, avait entamé la construction du navire. Théo, le videur aux doigts agiles, s'était approché de Sam en gardant un oeil sur la porte d'entrée (toujours un oeil sur la porte, Théo), et lui avait murmuré de sa voix veloutée "lui c'est ¼ de Sin-Delam dans un verre de Pearl Frost 50". Depuis trois semaines que Sam servait derrière le bar de la Cave, Théo avait pris l'habitude de l'aiguiller sur les goûts et les couleurs des réguliers. Sam avait acquiescé avec un sourire puis avait servi l'homme en pleine construction navale.
A 23h51 une première fissure apparut sur la coque en papier, allumant l'oeil du client, puis une réaction chimique dont il devait être le seul à ne pas s'étonner désagrégea entièrement le bateau, créant un fin dépôt brun à la surface de l'alcool.
Une minute plus tard le verre était vide, et l'homme titubant regagnait la sortie la joie peinte sur le visage.

C'était le genre de scènes qui amusait Sam, tout en lui laissant un pincement au coeur. Voir à quel point le Laborat et ses sections pouvaient réduire les espoirs et assécher la vie des habitants de cette ville, mais aussi comme peu de choses suffisaient à les ranimer... même le temps d'une illusion.

Pendant que Sam se laissait aller à libre-penser tout en essuyant des verres, un autre homme passa la porte. Pas un habitué celui-là. Théo de retour à son poste le détailla une moue sur les lèvres, fit un léger signe d'acquiescement, puis reporta son regard vers la rue et ses trombes de pluie noire.
Le nouveau venu s'approcha du bar. Sam l'apercevant ralentit le mouvement du torchon sur le verre, un malaise jaillissant du fin fond de ses souvenirs.

-Le bonsoir ducomptoir... , lâcha l'homme en forçant le ton.
Ah, c'est de l'humour, ris... ris !, pensa Sam.
Un léger sourire passa sur son visage.
-Sam c'est bien ça ?
Un millier d'explications pour qu'il connaisse ton nom.
-Yep monsieur, qu'est-ce que ce sera ?
-Un Sober-Fizz à la louche.
-Bien.
-Et une question.
Eh merde.
L'inconnu à l'humour de compétition se roula une cigarette, l'alluma, puis lança un regard circulaire à travers le bar, s'assurant que personne d'autre que Sam ne pourrait l'entendre.
-Arthus, lui lança l'homme avec un sourire froid, la main tendue en quête de contact.
-Ca fera 15 Sols, répondit Sam en posant son verre devant Arthus dont il ignora la main.
-Ok, heureusement que c'est pas pour l'amabilité que je viens te voir.
Ah on se tutoie donc.
-Bon, je ne vais pas y aller par quatre chemins, j'ai pas mal d'affaires à régler ce soir.
Les 2 mains posées à bout de bras sur le zinc, le torchon sur l'épaule, Sam attendit que l'autre déballe.
-J'ai entendu parler de toi. Comme tu es nouveau ici, je me suis permis de venir à ta rencontre. Je mets en place une opération. Disons plutôt une expérience. Les types talentueux sont durs à dénicher. Et si la moitié de ce que j'ai entendu est vraie, on aurait sacrément besoin d'un gars de ton calibre. Alors, est-ce que tu veux te rendre utile ?
Nous y voilà.
Sam croisa les bras, et baissa la tête, songeur.
Quelque chose dans le regard d'Arthus lui rappelait sa jeunesse. La façon d'écraser ce mégot comme si tout se jouait entre eux deux. Laisser s'échapper le moins de fumée possible : Le culte de la discrétion.
-Les projets de groupe c'est plus vraiment ma tasse de thé, Arthus. Et plus de mon âge. Pas d'offense.
Un ange passa en titubant.
-Pas d'offense, dit l'autre avec un regard froid. Mais réfléchis bien Sam. Pendant que tu joues les Isaac derrière ton bar, la ville étouffe. Nous voulons juste tenter de changer les choses. Que ce soit demain ou dans un an, notre voix se fera entendre.
Il s'éloigna du comptoir, puis à mi-chemin de la sortie, lança en se retournant :
-Note bien que je n'ai pas eu beaucoup de mal à te trouver et à savoir qui tu étais. Tu devrais prendre garde si tu veux éviter les rencontres désagréables.
La nuit se referma sur Arthus, et Sam soupira tandis que cette sensation désagréable le quittait progressivement.
Mon pauvre Arthus, je prenais déjà "garde" à l'époque où tu n'étais qu'un espoir dans les couilles de ton père.

Seul dans la nuit, Sam se laissa glisser le long du filin. Ca va, encore suffisamment de forces dans ces bras, pensa t-il.
Allongé sur un vieux toit de tuiles, éclairé par la seule Lune et ses étoiles; il regarda la fenêtre par laquelle il était sorti du bâtiment une quinzaine de minutes plus tôt. Il jeta un coup d'oeil à sa montre : 3h41. Pas un chat dans les parages.
Alors que le son déchirant n'avait pas encore atteint ses oreilles, Sam aperçut la respiration précédant le souffle. Ce moment infime lors duquel les murs de l'étage semblèrent se dilater vers un coeur prêt à hurler sa puissance.
Puis dans un nuage de poussière et de papiers, de particules de béton et de verre, la structure officielle s'ouvrit en deux, projetant dans la nuit un feu d'artifice apocalyptique.

Un morceau de papier atterrit près de sa main; profitant du court répit que lui offrait le vent pour s'enflammer de plus belle. A peine Sam eut-il le temps d'y apercevoir l'emblème du Laborat, tamponné à côté de la signature de Gibbéon Langre, secrétaire scientifique à la propagande.
Un sourire se forma sur son visage.
"Et un de moins", murmura-t-il.

Posté par labocity à 10:01 - laboSTORY - Commentaires [4] - Permalien [#]
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